Tamedia-ATS: Menaces sur une perle helvétique *


Les grandes manœuvres autour de l’Agence télégraphique suisse (ATS) se poursuivent, faisant peser des menaces sur la diversité de l’information en Suisse. Depuis un certain temps, des voix s’élèvent pour s’inquiéter des conséquences des mesures prises pour compenser la baisse des recettes de la première agence d’information de Suisse. L’ATS a annoncé l’an dernier la fermeture de plusieurs bureaux régionaux dont celui de Fribourg. Mais le plus grave est peut-être encore à venir.
Du Bodan au Léman
Certaines sources autorisées craignent en effet que l’ATS ne perde son indépendance en passant entièrement dans le giron d’un seul groupe de presse, en l’occurrence le géant Tamedia dont les tentacules s’étendent désormais du Bodan au Léman grâce au rachat d’Edipresse. Est-il vrai, par exemple, qu’en cédant à Jacques Lathion 37% du capital du «Nouvelliste», Edipresse a repris simultanément les 80 actions de l’ATS aux mains du quotidien valaisan? Directeur des publications d’Edipresse, Eric Hoesli confirme: «Oui, c’est exact. Après cette reprise, la part d’Edipresse dans l’ATS est de 12%».
Bureaux supprimés
Edipresse appartenant désormais à Tamedia, déjà un gros actionnaire de l’ATS, nous nous sommes tournés vers le groupe zurichois pour lui demander s’il était avéré qu’il convoitait la majorité de l’ATS. «Non, cette information est fausse», répond Christoph Zimmer, porte-parole de Tamedia. Lequel précise: «A fin 2008, Tamedia détenait 12,5% du capital de l’ATS. Dans les derniers mois, Tamedia a acheté quelques actions et se trouve aujourd’hui à peu près au niveau des autres grands actionnaires. Les chiffres exacts pour 2009 seront publiés le 15 avril dans notre rapport annuel».
De quoi rassurer les milieux qui s’inquiètent pour l’indépendance de l’agence de presse nationale? On dit la SSR, autre gros actionnaire de l’ATS, sincèrement préoccupée par un éventuel déplacement des rapports de force au sein de l’agence. Mais elle n’est pas la seule.
Fondée en 1894 par les principaux journaux de Suisse, l’ATS s’est donné traditionnellement pour mission d’assurer l’indépendance et l’intégrité de l’information. Un programme civique que les minorités linguistiques continuent à privilégier, comme l’atteste la réaction, en décembre 2009, des gouvernements de Suisse occidentale après la suppression de 13 emplois à l’ATS, dont huit dans les rédactions francophone et italophone. Les gouvernements ont estimé que cette restructuration «remet en question la solidarité entre les identités linguistiques».
De fait, si l’on ajoute les parts détenues dans l’ATS par Tamedia et Edipresse, soit par la même entité en définitive, on parvient à un total de 24,5%. En comparaison, «La Liberté», pour ne prendre qu’elle, possède 4,55% du capital de l’ATS. Et la «NZZ», longtemps le premier actionnaire de l’ATS, en détient «moins de 15%», pour reprendre les indications de sa porte-parole Bettina Schibli.
Directeur de l’ATS, Bernard Maissen ne dit pas le contraire, d’ailleurs: «Tamedia est le plus grand actionnaire de l’ATS, suivi de la «NZZ».
La limite allègrement dépassée
Bernard Maissen voit-il un problème en relation avec les statuts de l’ATS, dont l’article 5 prévoit que «le Conseil d’administration peut refuser l’enregistrement d’actions si l’acquéreur contrôle grâce à son achat d’actions plus de 20% du capital-actions»? Le directeur de l’ATS fait remarquer que la limite était autrefois de 10% et qu’à cette époque déjà, Tamedia et la «NZZ» la dépassaient allègrement. Pourtant le conseil d’administration n’a jamais refusé l’enregistrement des nouvelles actions.
Rendez-vous en 2011
«En l’état, Tamedia ne possède pas plus de 50% d’Edipresse», ajoute M. Maissen. Dès que cela sera le cas (ndlr: le 1er janvier 2011), Tamedia proposera au conseil d’administration d’enregistrer ses actions. Mais il n’est pas juste d’affirmer que 20% constituent la limite absolue à ne pas dépasser. Le juge est en définitive le conseil d’administration. Tamedia n’enfreint donc pas les statuts de l’ATS», conclut, un brin byzantin, Bernard Maissen.
La grande question reste de savoir si ce fragile équilibre persistera après l’augmentation du capital de l’ATS, prévue pour l’automne 2010. Les principaux acteurs n’en dévoilent pas le montant. Mais ne cachent pas qu’ils seront de la partie. Jolie partie de dominos en perspective…

*Article paru dans “La Liberté” du 14 avril 2010

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