Egypte, la deuxième révolution est en marche

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« Les Moubarak et les membres de son régime corrompu sont jugés devant un tribunal civil. Tandis que les civils et autres activistes pacifistes sont envoyés aux tribunaux militaires ». S’il fallait résumer en quelques mots l’indignation de la population égyptienne quant aux agissements du Conseil suprême des forces armées qui dirige le pays depuis le 11 février, cela tiendrait à cette phrase bien souvent entendue. Alors ce 23 mai est décrété par les blogueurs d’Égypte « Journée nationale contre l’armée ». C’est bien légitime de la part d’une population asphyxiée – voire presque politiquement lobotomisée ces 30 dernières années – et qui se retrouve prise, dans cette période de profondes mutations, dans le même étau par une équipe de généraux au bras long qui ne connaissent pas la préretraite. Plus de 800 morts et près de 6000 blessés souvent très graves lors du soulèvement, et l’armée doute encore de la détermination des jeunes révolutionnaires à vivre dans une dignité balayée d’une revers de crosse à maintes reprises depuis 3 mois.

Amnesty International sonne l’alarme depuis plusieurs semaines: elle accuse les « autorités égyptiennes de torturer les détenus ». Pour l’ONG basée à Londres, il est indispensable pour les manifestants de voir que « leurs sacrifices ne sont pas vains et que la machine de la répression est éradiquée ». Pour illustrer ces violations, il y a le cas Amr Al-Beheiry, battu par la police militaire et arrêté alors qu’il manifestait pacifiquement devant le parlement le 26 février puis soumis avec ses cousins diverses électrocutions. Le 1er mars il a été condamné à 5 ans de prison pour non respect du couvre-feu, qui comme beaucoup le savent n’a jamais été vraiment respecté.

Autre cas extrême, la condamnation à mort d’un mineur par un tribunal militaire, qui a d’ailleurs fait sortir de ses gonds la représentation en Égypte de l’Unicef, organisation des Nations Unies dédiées à la protection de l’enfance. De son côté, l’ONG « l’Initiative égyptienne pour les droits personnels » a fait savoir que la décision concernant cet adolescent âgé de 17 ans condamné avec trois autres égyptiens pour le viol d’une jeune fille « illustre l’ignorance par la justice militaire du code civil et pénal » et met en doute « la compétence des juges militaires à statuer sur des affaires civiles ».

L’armée égyptienne forte de 500 000 hommes (sur notre image: le général Tantawi), appelée à restaurer l’ordre face à l’affaiblissement des 1.5 million de policiers depuis la chute de Moubarak est aussi sollicitée sur la frontière Ouest avec l’afflux de réfugiés libyens et à l’Est avec la bande Gaza, où les palestiniens commémoraient la « Nakba », la « catastrophe » de la création de l’État Hébreu en 1948. Les manifestations qui se sont aussi déployées sous les fenêtres de l’ambassade d’Israël au Caire ont conduit à une réaction musclée des militaires, dénoncée quelques jours plus tard par un rassemblement sur la place Tahrir après les 350 personnes blessées et 150 arrêtées. 136 d’entre elles ont été condamnées par une cour martiale à 3 ans de prison. Sous les pressions, les peines ont été réduites à 1 an et 6 mois avec sursis.

Reste que le sentiment général est celui d’être trahi par le Conseil suprême des forces armées, qui par ses brutalités s’acharne comme il le peut à limiter l’ampleur du changement politique en Égypte. Mais pour maintenir la révolution sur la bonne voie, la population se rend à l’évidence: il faut redescendre massivement dans la rue et donner un fort coup de semonce à l’armée. Ce sera le moteur de la mobilisation, déjà surnommée « la deuxième révolution », vendredi 27 mai sur la place Tarhir.

Article paru dans « Tremblements d’Egypte »

 

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