Monaco, la transparence et les sociétés panaméennes

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Alors que la Principauté veut bannir son image de paradis fiscal, le nom du fils du ministre de la Justice, un conseiller juridique, apparaît dans les «Panama Papers».

PAR IAN HAMEL

Sylabelle Trading, Monaco Cosmetic Consulting, Banys Ventures Limited. Il s’agit de quelques unes des vingt-neuf sociétés panaméennes liées au cabinet de conseil juridique monégasque Narmino & Dotta. Des informations livrées sur Internet par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), qui a fait éclater le scandale, baptisé « Panama Papers ». Certes, il n’y a absolument rien d’illégal d’immatriculer son entreprise en Amérique centrale ou dans une île de la Caraïbe. Malgré tout, cela fait un peu mauvais genre, surtout lorsque l’on sait que l’un des responsables de cette entreprise spécialisée en droit des affaires est très proche du ministre de la Justice. Antoine Narmino, dirigeant du cabinet Narmino & Dotta, est le fils de Philippe Narmino, directeur des services judiciaires de Monaco, l’équivalent d’un Conseiller fédéral.

Priorité à la transparence financière

Lorsque Philippe Narmino a été fait chevalier de la Légion d’honneur en 2012, il pose avec toute sa famille, notamment son fils Antoine, dans « Monaco-Matin », le quotidien local, encadrant le prince Albert II, tout sourire. Le journal précise que c’est Philippe Narmino, en qualité d’officier d’Etat civil de la famille princière, qui a uni le souverain et la princesse Charlène, le 1er juillet 2011. Très clairement, les Narmino appartiennent au “gratin“ du Rocher. Philippe Narmino a été le premier monégasque à occuper les fonctions de ministre de la Justice, un poste précédemment dévolu à de hauts magistrats français. Dans la principauté (38 000 habitants, dont seulement 7 600 Monégasques), le ministre d’Etat, le chef du gouvernement, est un Gaulois. En prenant ses fonctions le 1er février dernier, l’ancien diplomate tricolore Serge Telle a annoncé que la priorité devait être donnée à «la transparence financière»!

Echange automatique d’informations

Joignant le geste à la parole, Serge Telle a signé le 22 février 2016, en présence de Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, un accord d’échange automatique d’informations fiscales, qui lie la principauté aux 28 Etats de l’Union européenne. Comme pour la Suisse, cet accord entrera en vigueur en 2018. La presse locale profitait de l’événement pour mettre en avant le Service d’information et de contrôle sur les circuits financiers (SICCFIN) de Monaco, chargé de «recueillir, analyser et transmettre les informations en lien avec la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la corruption». La présence d’Antoine Narmino, fils du ministre de la Justice, dans le dossier «Panama Papers», symbole des trous noirs de la finance, ne fait-elle pas désordre? Nous avons tenté de joindre, d’abord par téléphone, puis par mail, le responsable du cabinet de conseil juridique Narmino & Dotta pour lui poser la question. Sans résultat. Notre appel à la direction des services judiciaires de Monaco n’a pas non plus été couronné de succès. Le Rocher ne communique que sur les bonnes nouvelles.

HSBC Monaco épinglée

La presse locale a été mise au courant de la publicité faite par les «Panama Papers» au fils du ministre de la Justice, mais elle n’en a pas parlé. «S’il n’y avait que ça dans la principauté! Si vous tapez HSBC Private Bank Monaco sur le site du Consortium international des journalistes d’investigation, vous tombez sur pas moins de 777 entités dans des paradis fiscaux. Mais chut, les médias doivent tous répéter en chœur le mot d’ordre princier: transparence financière toute!», confie, sous couvert d’anonymat, un journaliste local. Et puis, à quoi bon noircir l’image du Rocher? Il y avait 45 banques en 2010, il n’en reste plus que 33. La place financière monégasque ne gère guère que 130 à 140 milliards de francs. Un moucheron, comparé à la Suisse ou à la City. A quoi bon ennuyer un moucheron?

Photo Hamel

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One Response to “Monaco, la transparence et les sociétés panaméennes”

  1. LECONTE DE PARIS 28 juillet 2016 at 19:32 #

    Arrêtez vos provocations ! Si jamais le moucheron « prenait la mouche » ? Et envahisse la Suisse ?! Ou la France ?!!…

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