Des CFF pas pour les chiens


On le sait depuis un bout de temps et on n’a pas fini de le savoir: nos soi-disant Services publics nous prennent pour des moutons. Et ça concerne aussi nos chiens!

PAR PATRICK NORDMANN

Petite anecdote éclairante. En date du 31 janvier, je fais un aller-retour Lausanne-Genève et je m’arrange pour prendre un Inter City (IC) qui propose un bar et un restaurant à l’étage. Les prix y sont prohibitifs, la bouffe plus qu’incertaine avec un seul avantage pour le client: il y trouve facilement de la place, vu que l’endroit est si sinistre que seuls les naïfs ou les soiffards de mon espèce s’y risquent.

A l’aller, je m’installe à une table, ce qui est bien pratique pour lire ou travailler, et je commande une petite bière ambrée à 6 balles tout de même!

Dexter, mon petit chien Cavalier King Charles, dort sous la table dans son coussin de transport. Tout se passe sans problème, comme toujours.

Au retour, au départ de Genève, je m’installe dans les mêmes conditions et c’est alors que l’enfer des CFF actuels débute. Le responsable du wagon-restaurant, cet après-midi-là, est un vieux rabougri moustachu et chenu, courbé par sa petite vie d’employé médiocre. Il se met à hurler en schwitzerdütsch: «Huende verbott! Raus!»

Comprenant que dans notre pays, on n’a de plus en plus affaire à des sortes de nazis pour lesquels les ordres, aussi injustes et discriminatoires soient-ils, sont la justification à leur asservissement au système, je lui demande d’abord poliment de me parler en français: «Ça, interdit! Les chiens pas dans restaurante!!! Vous raus!» Je lui demande de m’indiquer où se trouve cette interdiction, il me jette sur la table la carte des menus improbables que notre compagnie ferroviaire propose aux malheureux qui osent s’attabler dans ce bistrot roulant. Effectivement, en tout petit, on peut lire que les chiens ne sont pas admis dans «l’établissement». Je lui demande pourquoi un sigle «Interdit aux chiens» n’est pas placardé à l’entrée du wagon et notre joyeux grincheux marmonnant repart vers sa cahute sans avoir de réponse. Il ajoute juste : «Fou, pas service!» Je lui réponds sur le même ton: «Ich, che m’en foutre!»

Quelques minutes plus tard, un appel est lancé dans les haut-parleurs du train : « Chef de train, demandé wagon-restaurant ! » Avec la perspicacité qui me caractérise, je me dis « Ça va être pour ma pomme ! »

Effectivement, une minute plus tard, débarque le contrôleur qui parcourt tout le wagon et passe devant moi, sans voir le chien endormi sous la table.

Il revient en arrière et me demande: «C’est vous qui avez un chien?» Je lui réponds: «Oui, mais comment avez-vous deviné, il est caché sous la table!» L’aimable contrôleur (romand) a l’air bien emmerdé. «C’est interdit dans les wagons-restaurants! C’est marqué sur leur menu! Sortez du wagon avec votre chien et je vous paie un verre à l’extérieur!»

Je le remercie pour sa générosité et je lui demande: «En fait qui commande dans ces trains, c’est l’entreprise des CFF ou bien les incapables à qui vous avez confié la gestion de la restauration?» Il ne répond rien et me demande à nouveau de sortir. Je refuse, arguant que les chiens, tous comme les juifs, les musulmans et n’importe quel quidam a le droit de prendre le train et donc d’être accueilli dans tous les compartiments. Le contrôleur, épuisé, abandonne la discussion et je reste à ma place jusqu’à Lausanne. Sans être servi, évidemment!

En conclusion, je n’aurai qu’un mot «Ouarf!»

PJI

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4 Responses to “Des CFF pas pour les chiens”

  1. Ringo Veauma 4 février 2017 at 17:24 #

    Effectivement, c´est là un grand problème de société typiquement helvé…tique !!

  2. Pierre-Henri HEIZMANN 5 février 2017 at 09:55 #

    Dans tous les pays du Monde existent des interdictions, de loin pas que chez nous! Les femmes par exemple sont interdites de temples dans tous les pays boudhistes, lorsqu’elles ont leur phase de Lune, les infidèles sont interdits de Mecque, les Suisses avec un visa israélien dans leur passeport de nombre de nations, etc, etc…
    Pourquoi dans les wagons restaurant les chiens son persona non grata ? Ils le sont également dans beaucoup de magasins alimentaires, Coop, Migros, a bien plaire dans les boulangeries, boucheries, etc…
    Un petit sigle d’interdiction des chiens dans les wagons restaurant éviterait la situation telle que vécue, mais alors cette libre appréciation dont l’auteur de ce billet à profité jusqu’alors, n’aurait jamais été possible, les clients ronchons avertis en valant deux…
    Pour conclure, il est un privilège de pouvoir se faire servir à table une bière au XXI ème siècle dans un train, il est parfois bon de se le rappeler..,

  3. Hay Denyse 5 février 2017 at 10:14 #

    En tous cas merci à Monsieur Patrick Nordmann pour son article qui fomente des réactions! Le jour où les hommes auront une conscience et une cohérence plus grande, le monde n’aura plus besoin de tant d’agressivité et d’interdiction! Mais l’être humain saura-t-il enfin quitter son adolescence?
    Ceci dit, j’ai vécu pareille expérience avec mon petit lévrier italien de 3kg et demi et qui voyage aussi dans un sac discrètement et sans odeur. Et j’ai non seulement été rouspillée par le barman mais aussi par des passagers qui voulaient tout simplement prendre ma table car il n’y avait plus de place dans le wagon restaurant ce jour-là! Comme dirait le compagnon de ma soeur c’est le ton qui fait la musique! Il y a des manières de s’adresser à des personnes pour vivre en bonne entente. Et c’est si navrant de constater que de nos jours les bonnes conventions de vivre ensemble se perdent au profit de sa petite personne, de son petit territoire etc……Et qu’il est si souvent plus possible de trouver des adaptations. Pour revenir au problème du wagon-restaurant, il est vrai que nous avons de la chance d’en avoir et si bien achalandé, même si les prix sont chers mais c’est normal après tout dans un train! Il est clair qu’un grand chien prendrait trop de place également et pourtant il paye le demi-tarif! Alors les tous petits chiens qui ne sortent pas de leur lit, sont-ils plus impropres que nous avec nos grosses chaussures ou des poussettes d’enfants? Un peu d’intelligence et de cohérence mélangé avec une certaine dose de bonne manière cela nous permettrait de consommer une bonne bière avec nos chers amis à quatre pattes!

  4. michelle 6 février 2017 at 10:54 #

    Se faire servir a toujours été un privilège. C’est ce confort que l’on paye principalement dans les cafés restaurants, si par chance ce que l’on consomme est bon on est heureux, car souvent chez soi c’est meilleur, surtout les thés si on préfère le vrac.

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