Les (re)lectures de la Méduse – Petite histoire de la désinformation


En 1999, l’écrivain français Vladimir Volkoff publiait sa « Petite histoire de la désinformation – Du cheval de Troie à Internet » (Editions du Rocher). Un ouvrage qui n’a rien perdu de son actualité et prend une saveur particulière aujourd’hui, à l’heure où l’information est sous le feu de la critique. Extrait du chapitre intitulé « Les caisses de résonance ».

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En publicité, les caisses de résonance sont d’abord les media qui font passer les messages publicitaires, et ensuite, si le message a été bien reçu, le public lui-même qui le répète, tantôt pour dire du bien d’un produit qu’il a trouvé à son goût, tantôt simplement parce que le message lui a plu à la façon dont plaît une comptine. (…)

En désinformation, l’affaire est plus complexe.

Le thème, équipé de ses supports, est généralement confié à un agent d’influence qui va trouver le moyen de le faire passer dans le public. Peut-être le confiera-t-il à un ami journaliste comme un renseignement secret qu’il lui demandera de ne pas divulguer (on devine la suite). Peut-être vendra-t-il lui-même le renseignement à tel organisme. Peut-être, s’il dispose d’une lettre confidentielle diffusée à des abonnés, pourra-t-il toucher directement un certain public, restreint pour commencer.

Mais une seule caisse de résonance ne suffit pas pour mener à bien une opération. Il faut que le thème de la symphonie désinformante soit repris par tout l’orchestre, ce qui n’est pas aussi difficile qu’on le croit, car les media ont tendance à copier les uns sur les autres, à parler de « ce dont on parle », et, il y a, bien sûr, des journaux ou des émissions considérés comme les plus importants et au pas de qui les autres ont tendance à se mettre. Il suffira donc d’avoir une relation dans le « bon » journal ou dans la « bonne » émission pour que l’orchestration du thème soit en « bonne » voie.

L’agent d’influence directement employé par un service spécial est généralement rétribué: cela permet de mieux le tenir en main. Ou alors il peut avoir été « mouillé », c’est-à-dire compromis, au préalable.

La première caisse de résonance peut aussi agir en échange d’espèces ou pour céder à un chantage, mais cela n’est pas indispensable: des services demandés ou rendus, des renvois d’ascenseur, des sympathies politiques, des faveurs accordées peuvent suffire: à l’agent de voir. S’il n’y a pas de rétribution directe, on considérera que la caisse de résonance est un « honorable correspondant ».

Les Américains enseignent que les agents de renseignement se recrutent pour quatre raisons. Une passion pour les acronymes mnémotechniques – celui-ci étant phonétique et approximatif – résume ces quatre raisons par le mot MICE (« souris » au pluriel): Money, Ideology, Sex, Ego (« argent, idéologie, sexualité, amour-propre). Les mêmes considérations s’appliquent aux agents d’influence et aux caisses de résonance qui dépendent d’eux.

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