Supplique pour ne pas être enterré sur la plage de dix-sept


Je déteste cette campagne présidentielle.

PAR MANUEL RUCH

Soit ma memoire est devenue sélective, soit elle n’a jamais été aussi médiocre et je me trouve tolérant. Elle n’est plus qu’invectives, insultes, attaques personnelles sur et sous la ceinture, mépris affiché et affirmé pour de vrais ennemis à abattre et non plus de légitimes adversaires.

Où sont les arguments, programme contre programme, projet de société contre autre projet, juste des incantations populistes et illusoires. À croire qu’aucun n’a lu les projets des autres, se contentant d’annonner avec plus ou moins de talents et de convictions les slogans préparés par leurs « spins doctors ».

Jamais on n’aura autant cherché – et souvent trouvé – des affaires personnelles, aussi insignifiantes pour l’avenir du pays que la qualité du beurre d’un croissant au hasard d’une station-service.

Cette campagne est si veule que même Macron qui s’y était refusé jusqu’à récemment est obligé de répondre. Elle entraîne chacun, candidats et électeurs, dans un marigot putride où le rationnel n’a plus cours, où l’intelligence apparaît comme une faiblesse et la parole censée inutile si elle n’est pas couperet.

Descartes, Hugo, Tocqueville, Clemenceau et De Gaulle, pitié venez au secours de cette France malmenée ou Sens commun supplante le bon sens, où Lénine s’est réincarné pour flirter avec Vichy.

Les partis sont moribonds. Les vieilles gloires ont été évincées ou presque dans une sorte de 14 juillet primaire. Trois candidats surprises et une rancoeur persistante se tiennent dans une marge d’erreur à une semaine du vote. Beaucoup de Français sont perdus, la plupart des autres s’accrochent à quelques bouées anciennes largement usées.

On se croirait le 3 août 1789. Demain les privilèges seront abolis dit le résumé. Il faudra 3 ans. Mais en attendant, les Français sont perdus, inquiets. Il y a les partisans du roi qui s’accrochent au peu qu’ils ont, les purs et durs qui veulent trancher toutes les têtes qui bougent, les habitants de Domrémy qui ne paient pas l’impôt sous prétexte de Jeanne, les paysans et manoeuvriers qui crèvent de faim suite aux mauvaises récoltes, le banquier suisse Necker qui dresse un bilan sévère des finances pour le Roi et s’alarme de la charge de la dette. Il est question de Lumières et de Contrat social, mais la France est agitée. Guillotin propose une meilleure productivité qui sera indolore ou presque.

Heureusement -ou pas- les réseaux sociaux de l’époque étaient lents, moins qu’il n’y paraît cependant. L’information circulait bien quand même et le peuple s’est vite rendu compte de la valeur réelle des nouveaux assignats que le gouvernement lui avait fourgué provoquant sa ruine.

Cette campagne va t-elle déboucher sur une autre révolution? À force d’invectives et de dérapages, de promesses hasardeuses sinon suicidaires ou fantasmagoriques, ce n’est plus à exclure, si les outrances populistes blessées se confrontent aux persévérances nobiliaires intransigeantes, le tout sous les regards attentifs des puissances voisines.

Supplique pour ne pas être enterré sur la plage de dix-sept: revenez à la raison et à une dignité compatible avec la fonction éminente à laquelle vous prétendez.

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