Tragédie vénézuélienne


Ce qui se passe au Venezuela me remplit d’une infinie tristesse.

PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Comment une région dotée d’immenses richesses naturelles peut-elle basculer dans le désordre, la haine et la violence?

Ceux qui n’ont jamais vécu au Venezuela ne peuvent pas imaginer la beauté de ce pays de 32 millions d’habitants. Une faune et une flore exubérantes sur un territoire grand comme une fois et demie la France, qu’habitaient encore 7 millions de personnes en 1960. C’est dire le dynamisme démographique de l’un des principaux exportateurs de pétrole au monde.

Le pétrole, manne et malédiction à la fois. Combien de régions productrices n’ont-elles pas subi les dévastations et la prédation qu’induit la convoitise des grands brûleurs d’énergie. Le Venezuela aurait pu y échapper si sa révolution, au lieu de miser uniquement sur les revenus de l’or noir, avait imité le modèle cubain jusqu’au bout. Pour résister à l’embargo américain, l’île aux mains du pouvoir castriste a su gérer parallèlement une expérience agricole originale et osée, lui assurant une autonomie alimentaire. Le Venezuela, lui, importe au contraire 60% de ses besoins agricoles…!

Sous la houlette des dirigeants Chavez et Maduro, la patrie de Simon Bolivar a entrepris une politique de nationalisations tous azimuts et de répartition de la richesse nationale. Ce projet ambitieux a connu un certain succès dans les années 2000 quand le prix du baril de brut battait tous les records de hausse. Le brusque reflux des cours a sapé les revenus de la révolution et anéanti du même coup l’espoir d’un succès relativement pacifique de la transition sociale. Aujourd’hui la majorité des habitants de la capitale Caracas est retombée en dessous du seuil de pauvreté. La classe moyenne a disparu et de nombreux descendants d’immigrés européens font le chemin inverse de leurs parents. Ils retournent en Espagne ou en France.

Difficile de savoir jusqu’à quel point le désastre est irréversible. En partie seulement dépossédée, l’ancienne élite économique serait-elle en mesure de remettre le navire à flots du jour au lendemain? Rien n’est moins sûr. Cette minorité n’a rien fait non plus pour diversifier l’économie de la nation quand elle était au pouvoir. Pour elle comme pour le régime Maduro, la remontée des cours du pétrole se fait attendre.

La terre ou accosta Christophe Colomb en 1498 n’a pas fini de manger son pain noir. Si tant est que ses occupants aient encore du pain…  Tout porte à croire que les convulsions vont se poursuivre, une reprise en main totale et autoritaire par l’armée, déjà un Etat dans l’Etat, n’est pas exclue. En attendant des dizaines de Vénézuéliens, pour la plupart des familles affamées, franchissent chaque jour la frontière colombienne d’où beaucoup repartent vers l’Equateur, le Pérou, le Chili, l’Argentine. Près d’un demi-million ont quitté le Venezuela  au cours des dernières années.

Le Venezuela, exemple tragique d’un Etat-cigale dont l’imprévoyance a corrompu le rêve pétrolier, le transformant en cauchemar.

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2 Responses to “Tragédie vénézuélienne”

  1. Francois Meylan
    François Meylan 7 août 2017 at 21:57 #

    Très bien écrit et donne envie de creuser le sujet et de comprendre d’où vient cette corruption andémique qui semble accompagner cette Amérique latine depuis sa naissance même.

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