Les rencontres de la Méduse – Christian Bavarel, le semeur de jardins


Sur une terrasse lausannoise ensoleillée, Christian Bavarel évoque les chemins qui partant de la connaissance de la nature l’ont conduit à fonder Semeurs de jardins avec Claude Zryd.

PROPOS RECUEILLIS PAR SIMA DAKKUS RASSOUL

Ancien Député du Grand Conseil Genevois, réélu trois fois, membre des Verts, Christian Bavarel a commencé très tôt à contempler et à observer la nature. Ce spécialiste des arts du jardin, paysagiste, pépiniériste, arboriculteur fruitier et maraîcher, passionné d’écologie politique, accompagne les collectivités, les associations et les habitants d’immeubles dans la création de jardins vivriers urbains. Une invite à la prise de conscience de l’environnement naturel et de la responsabilité qui en découle.

Comment la nature s’est-elle trouvée au centre de vos intérêts et de vos choix?

Christian Bavarel: Mon père était journaliste catholique de gauche. Dès ma prime enfance, j’ai été sensibilisé aux questions Nord-Sud. J’étais un petit garçon contemplatif à rester au bord d’une mare et à regarder les têtards. Je pouvais rester des heures à observer une fourmilière. Une tante ornithologue m’emmenait observer les oiseaux, les batraciens et les reptiles. Je savais attendre en silence et rester à l’affût pendant de longues heures.

 Votre parcours professionnel s’est il inspiré de votre goût de l’observation de la nature ?

J’ai eu une scolarité difficile. J’étais dysorthographique – ce qui n’était pas pris en compte à l’époque – et au moment de choisir un métier, je me suis tourné vers les métiers manuels en rapport avec la nature. J’ai suivi l’Ecole Horticole de Lullier. C’est là que j’ai rencontré Claude Zryd avec qui nous avons rêvé de jardins. J’ai fait quatre CFC des métiers du jardin. Au départ, j’avais une pensée naturaliste et progressivement je suis arrivé à une pensée d’écologie politique.

Un sondage de la Tribune de Genève vous a distingué comme le meilleur député du Grand Conseil à Genève. Vos mandats politiques ont côtoyé harmonieusement vos activités dans le domaine de la nature ?

À la sortie de l’école, je me suis occupé de requérants d’asile. Puis je suis parti avec des ados en difficulté sur un bateau. J’ai eu une entreprise de paysagisme. Ensuite, j’ai consacré un mi-temps au Grand Conseil genevois comme Député vert et un autre mi-temps au jardin botanique. A la fin de mon mandat politique, j’ai décidé de devenir indépendant. Avec Semeurs de jardin, j’accompagne les jardins collectifs, coopératifs. Je collabore avec Equiterre, Pro-Natura, ProSpecieRara, des communes et encore d’autres acteurs.

Semeurs de jardins vivriers urbains, autrement dit, usage accru de l’espace public ?

Dans les pays anglo-saxons les habitants entretiennent les arbres et les plantes au pied de leurs immeubles. Chez nous le seuil de l’immobile appartient à l’espace public qui est à la charge de l’État. S’occuper de l’arbre devant chez soi est considéré comme un usage accru de l’espace public.  Pourtant, si le citoyen intervient dans l’espace public, il en devient responsable.  Il prend donc conscience de l’influence qu’il a sur son environnement et de la nature dans un milieu urbain. »

Quelle est votre vision de l’environnement dans la société, son rôle, sa fonction ?

J’ai fréquenté le milieu alternatif genevois et j’ai une méfiance viscérale à l’égard d’un État qui dirige tout. Je ne suis pas non plus persuadé que le privé doit avoir tout en main. Je crois à une économie sociale et solidaire. Un côté proche des libertaires. Il ne s’agit pas de supprimer tout l’État mais de défendre la liberté collective.

D’un point de vue économique, que pensez-vous du pilier social ?

Certains libéraux pensent que la classe moyenne doit revenir au prolétariat afin de retrouver des travailleurs bons marchés. Ceci montre la violence du monde économique. Pourtant sans économie l’humain n’assure pas sa subsistance. Je suis favorable à valoriser le travail par rapport au capital, tout en étant conscient que nous sommes tous des investisseurs par l’entremise de nos caisses de pensions et de nos assurances.

Les critères verts et le développement durable constituent-il le fondement de la pensée verte ?

Il y a cinq critères, aussi bien acceptés par les Verts européens que par les Verts suisses, qui sont le long terme, la qualité, la solidarité, la décentralisation et la diversité. Cela permet aux Verts de pouvoir nuancer les idées et les actions tout en regardant dans la même direction, à savoir la défense de l’environnement.

Si on prend les trois piliers du Développement durable et qu’on en supprime un, les autres ne marchent pas ou ne tournent pas bien. Si on ne crée pas de richesse, ce n’est pas possible. Si on oublie le social, on va du côté du néo-libéralisme qui est comme une horloge qui ne donne plus l’heure, mais qui fonctionne à la perfection.

 Et quelle place l’être humain occupe-t-il dans la pensée environnementale ?

Il n’y a pas d’espace naturel primaire en Suisse. La nature y a toujours été façonnée par l’homme. Si l’on enlève l’action de l’être humain, il y aurait très rapidement une forêt . À Genève, ce serait une forêt de chênes à charmes, ici à Lausanne, ce serait une forêt de hêtres. Dans le Jura, les pâturages boisés, s’ils ne sont pas entretenus, par le bétail, ou que l’on n’y fait pas les foins, le milieu se refermerait. La conséquence serait qu’il y aurait uniquement une forêt. Nous aurions donc une perte de biodiversité par rapport à la nature anthropique.

C’est un travail de grande profondeur…

C’est  un travail d’observation sur le jardin, pour découvrir comment on va l’ utiliser. Apprendre du jardin en le vivant, en expérimentant. Voir ce que le jardin nous propose. Entrer dans une alliance avec la nature et avec soi-même. Cela crée du lien social entre les gens et de la bienveillance.

 Philosophiquement, l’écologie souligne le lien de l’être humain, partie intégrante de la nature, et la conscience de son environnement dans une perspective spirituelle.

Les Grecs anciens voyaient Gaïa la Terre comme un être vivant, les animistes voient une dimension sacrée dans chaque être vivant et les religions du livre parlent de respect de la création. Dans les grandes religions du livre, Adam et Eve se trouvent au paradis qui est un jardin. Ils l’entretiennent et le travaillent. Le sens du jardin, Garten – barrière, est un espace clos. C’est le symbole de la responsabilité de l’être humain face à son environnement.

 L’importance de la durée dans le travail de la nature ?

On demande à Luther : que faites-vous si on vous annonce la fin du monde. » Je vais planter un pommier », répond-il. Dans un jardin, il faut accepter de travailler aujourd’hui pour voir naître les résultats plus tard, dans un monde où on veut tout immédiatement. Être attentif au rythme des saisons et le respecter. La temporalité de la nature nous permet de planter pour les années et les générations à venir. On est en train de nous annoncer la fin du monde, moi, j’ai envie de planter des vergers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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