Les paysans doivent s’allier aux consommateurs


Joseph Deiss et le négociateur américain Robert Portman se sont mis d’accord à Davos pour relancer sur une nouvelle base les discussions concernant l’accord de libre-échange entre la Suisse et les Etats-Unis. L’agriculture est exclue du dossier.

PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Jacques Bourgeois, vous dirigez l’Union suisse des paysans (USP). Que vous inspire cette volte-face par rapport à la situation initiale prévoyant un accord total de libre-échange?

Ce n’est pas vraiment étonnant, car d’un point de vue économique, le projet d’accord était très déséquilibré. Il apportait plus d’inconvénients que d’avantages à l’économie suisse dans son ensemble. Mettons les chiffres sur la balance: d’un côté 200 millions de gains pour quelques secteurs industriels, de l’autre 5 milliards de pertes pour les producteurs agricoles… Nous saluons donc le fait que l’agriculture soit exclue des négociations car le contraire aurait remis en cause les bases d’existence des familles paysannes suisses. Notre souci maintenant est au niveau des habitudes de consommation. En termes de modes de production – OGM ou hormones de croissance – tout nous oppose aux Etats-Unis.

Le monde agricole aura-t-il voix au chapitre dans le cadre du forum de coopération mis sur pied à Davos?

A priori pas, mais nous suivrons de près les événements. Nous ne sommes pas près d’accepter n’importe quelle concession. Nous ne jouons pas dans la même ligue. Nous nous battons pour une agriculture de proximité la plus forte possible. Ce que l’on ne dit jamais c’est que la Suisse est déjà le plus grand importateur de produits agricoles au monde avec 600 francs par habitants, contre 65 pour l’Union européenne et 9 pour les Etats-Unis. 40% de nos besoins alimentaires sont déjà couverts par l’étranger. Le débat est donc le suivant: faut-il garder l’emprise sur le contenu de nos assiettes, en d’autres termes voulons-nous une certaine souveraineté alimentaire?

OMC, OGM, accords de libre-échange: dans chaque cas, c’est la faute aux paysans…

Nous sommes souvent désignés comme des boucs-émissaires, c’est vrai, un peu comme l’était l’armée autrefois. Pourtant je mets au défi quiconque de me trouver un secteur qui a fait plus de mutations que nous. Nous avons perdu le tiers de nos exploitations. Actuellement, ce sont 6 à 8 exploitations qui cessent leur activité par jour ouvrable! En outre, le peuple laisse aussi clairement exprimer sa crainte, comme dans le débat sur les OGM. Nous devons continuer ce rapprochement avec les consommateurs et miser sur la qualité des produits car nous ne serons jamais concurrentiels dans la production de masse.

A lire la presse, la tension avec l’organe faîtier de l’économie est palpable. Vous confirmez?

Oui. Pourtant nous n’avons rien contre l’économie. Au contraire, nous soutenons son développement. Mon analyse est que la croissance restant faible, il y a des répercussions sur les finances fédérales. Le gâteau se rétrécit et chacun joue des coudes pour s’approprier des parts. Si la conjoncture était meilleure, je ne pense pas que nous serions dans cette situation.

Daniel Vasella, PDG de Novartis, suggère de mettre les paysans à la retraite. Il l’a dit à Davos.

Je lui laisse la responsabilité de ses propos. Ce qu’il faut plutôt chercher à savoir c’est ce que coûtera au pays l’effritement de sa structure paysanne. Socialement, cette évolution est-elle supportable? I

Article paru dans “La Liberté” du 1er février 2006

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