Le casino est sauf, vogue la galère!


La mise sous tutelle gouvernementale des organismes de refinancement hypothécaire américains Freddie Mac et Fannie Mae ne vous dit rien? Rappelez-vous: 2001, les attentats du 11 septembre, la psychose des voyages, les avionneurs en crise. Pour sauver les fleurons de l’industrie aérienne, Washington met 15 milliards de dollars sur la table. L’Union européenne est moins généreuse mais elle n’en décide pas moins, dans la foulée, de permettre aux Etats membres d’accorder des aides aux compagnies menacées.

Le libéralisme économique affiche un profil bas. Pendant des années, il a regardé de haut les néo-keynésiens, ces partisans d’un Etat plus fort et d’une dimension sociale, à tout le moins responsable de l’économie. Régnait alors la loi du bras de fer, que le plus fort gagne. Et voilà que du jour au lendemain, on remet piteusement les pendules à zéro. Au grand dam des beaux principes énoncés dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, la loi du marché est enfouie dans les tiroirs. Pas question de sacrifier les symboles nationaux sur l’autel du dogme. L’élimination des plus «faibles», oui, mais chez les autres, s.v.p!

Les 15 milliards dépensés à l’époque par Washington semblaient déjà une somme énorme. Que dire aujourd’hui des 200 milliards investis par le Trésor américain dans l’affaire des «subprime»? Un montant qui ne représente que la partie émergée des soutiens au monde financier car il ne tient pas compte des interventions des banques centrales.

Disons d’abord que cette injection massive est logique dans une optique systémique. Peu de gestionnaires de fortune se plaindront d’une mesure qui redonne des couleurs à la bourse et, partant, au moral des investisseurs, en premier lieu les fonds de pension dont les propriétaires sont en définitive vous et moi. Le revers de la médaille étant que ce que le pékin – vous et moi, toujours – gagne d’un côté, il le perd de l’autre sur sa fiche d’impôt. La facture, c’est bien le contribuable, en définitive, qui devra la payer.

La somme colossale abandonnée par l’Etat pour maintenir indirectement nos rentes à flot comporte surtout un volet complètement immoral. En effet, on ne peut s’empêcher de penser à l’incurie répétée qui a mené des piliers du système financier à la faillite pure et simple. Songeons qu’en 2003 déjà, la direction de Fannie Mae avait été remaniée à la suite d’une gigantesque affaire de fraude. Cinq ans après, où en est-on? Cautions de l’«american dream» (dans la mesure où ils favorisaient l’accès à la propriété), Fannie Mae et Freddie Mac semblent avoir oublié très vite la leçon d’humilité infligée à l’époque. Leurs lobbyistes à Washington ont fait du bon boulot. Le casino est sauf, les flambeurs récompensés, vogue la galère.

(Article paru dans “La Liberté” du 9 septembre 2008)

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