Egypte, les civils contre les sévices de l’armée


Hillary Clinton est en ce moment au Caire. Ce matin, son convoi blindé a débarqué sur la Place Tahrir pour voir de plus près ce lieu à la consonance devenue presque mythique, et où elle s’est félicitée du processus politique en cours. Mais hier soir, lors d’un face-à-face organisé dans son hôtel, la coalition des jeunes du 25 janvier n’a pas manqué de dénoncer les brutalités outrageantes de l’armée contre les manifestants.

Ce n’était au début qu’une rumeur parmi les dizaines d’autres produites quotidiennement. Puis les informations se sont précisées quand les coptes venus exprimer leur colère, plusieurs jours de suite devant la télévision publique à propos des églises incendiées, n’ont eu comme réponse que les bâtons électriques de l’armée. Avec évidement la menace sous-jacente de se faire tabasser par les “Baltaguis” (hommes de mains) à l’affût, prêts à surgir en cas de débordement.

Car depuis que la Constitution a été suspendue le 13 février, c’est la loi martiale qui règne en Égypte. Les civils reçoivent donc une réponse militaire quand l’ordre, au milieu des scènes de chaos souvent provoquées par l’incivisme, doit être maintenu. Avec des excès qui expliquent la manifestation d’aujourd’hui, entamée face au syndicat des journalistes et poursuivie devant le musée du Caire, à quelques centaines de mètres. Ce musée du Caire, devenu dans son arrière-cour un centre de maltraitance à ciel ouvert. Avant que les manifestants soient parfois emmenés dans des lieux éloignés pour y recevoir un traitement très proche de la torture. Comme la jeune Samira Ibrahim qui s’est, selon son récit dans la presse, entendue menacée d’un délit de prostitution si sa virginité ne pouvait être prouvée. Les manifestants réclament donc la libération des personnes détenues et que les militaires arrêtent de juger les civils.

Au delà d’une image qui se dégrade de jour en jour, les militaires sont aussi face à des suspicions grandissantes de la population. Leurs habiles manœuvres semblent ne plus tromper personne. De quel côté sont-ils vraiment? Gamal Moubarak, le fils de l’ex-président, est encore en liberté. Il est pourtant considéré comme l’une des causes du soulèvement populaire, lui qui a bradé le pays à ses amis “hommes d’affaires”. Il doit “exister une entente avec les militaires pour le laisser tranquille”, ce raisonnement devient récurrent.

L’armée ne veut pas non plus d’un report du référendum sur les amendements constitutionnels, prévu le 19 mars. Car “elle ne veut pas garder le pouvoir” dit-elle sur un ton angélique, et “le remettre le plus vite possible aux civils” après les élections. Mais de quels civils s’agit-il? Sans leur donner le temps de s’organiser, de débattre et d’échanger des idées, ce seront les mêmes qu’avant le 11 février.

Article paru sur le site Tremblements d’Egypte

 

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