Remue-ménage lausannois


A Lausanne, la rentrée politique se joue sur de lourds enjeux d’infrastructure (illustration: Frédérique Vouga). Des polémiques peuvent s’embraser à la moindre étincelle, en dépit de mises en scène visant à sauver les apparences.

PAR PIERRE KOLB

Il y a d’abord la réussite d’un référendum contre le projet de nouveau parlement au coeur de la Cité. C’est un projet intéressant, dont l’esthétique fait certes sursauter, mais que surtout les autorités se sont ingéniées à compromettre par des tripatouillages de communication et de procédure. Leur dernière entourloupe, calcul grossier, consistait à agender la période référendaire en plein été dans l’idée de faire échouer la récolte de signatures. Raté! A la surprise générale, environ 17.000 signatures (12.000 sont requises) ont été déposées. Un débat chaud s’annonce.

Deuxième sujet, les transformations de la gare, revenues cette semaine dans l’actualité du fait de l’accord conclu par les CFF avec la majorité des riverains promis à des expulsions par ce très gros chantier. Le troisième sujet est annexe à celui-ci: le projet d’un musée des beaux-arts aux portes de la gare franchira une étape cette semaine par la mise à l’enquête d’un plan d’affectation cantonal.

On y reviendra. Quelques mots aujourd’hui sur le grand chantier ferroviaire. Les CFF ont bien joué, sachant que des procédures d’opposition risquaient de durer alors que pour l’entrepriseil y a urgence à réaliser ces grands travaux de rattrapage. L’intérêt est en outre de constater que l’entreprise a trouvé des solutions qui épargnent certaines démolitions, considérées comme indispensables au départ. Les riverains qui s’étaient engagés dans une lutte à l’issue incertaine peuvent s’en féliciter.

Mais les polémiques ne sont pas éteintes pour autant car elles sont liées à l’ensemble des transformations de la capitale vaudoise. Sur place, la controverse à évolué par une séparation: d’un côté l’association des riverains, qui a obtenu à peu près gain de cause, et le «Collectif Gare» qui mène un combat plus large, dans une réflexion, et une inquiétude pour le moins légitime, face à la violence des transforamtions urbaines en cours. Ces gens dénoncent le cloisonnement des problématiques. Alors qu’on est dans le même espace, le maître d’oeuvre entend traiter séparément trois affaires sensibles: d’une part l’aggrandissement des quais avec les destructions d’immeubles au sud qui ont suscité de farouches résistances, d’autre part au nord la restructuration de l’espace du dépôt des locomotives, qui devrait permettre la construction du nouveau Musée des beaux-arts, enfin à l’est de la gare, une privatisation immobilière avec un projet de tour.

Parenthèse, au titre d’un simple échantillonage des bouleversementss urbains. Dans l’agglomération lausannoise, on a connaissance de l’existence de douze projets de tours. Les technocrates qui naviguent au coeur des décisions urbaines ont reçu un mandat d’élaborer une stratégie d’implantation des tours. Mais ces Msieurs-Dame ont d’autres priorités. Attendue en 2011, leur étude sera-t-elle livrée cette année? Pas sûr. En attendant trois projets significatifs sont pratiquement aboutis, le premier étant déjà l’objet d’un référendum! On le voit, bien des carottes seront cuites lorsqu’un «débat» sera ouvert sur une «stratégie».

Revenons aux environs de la gare, point d’ancrage des militants du «Collectif Gare». Leurs relations avec les CFF se sont tendues. On est bien loin de l’épilogue souriant mis en scène cette semaine à Lausanne à propos de l’accord conclu avec la majorité des résidents riverains lésés, et le titre de journal «Les riverains sont réconciliés» est trompeur. D’autres personnes se sont engagées, des environs, des gens frappés par le chamboulement du quartier populaire du Simplon. D’autres encore, comme ce cheminot vaudois, Jean-Claude Cochard, qui s’est attelé à la question d’une alternative au projet des CFF.

Et là la direction de l’entreprise, en la personne du chef de ce projet, s’est montrée d’une susceptibilité ahurissante. Leur projet est minimaliste? Ce grief tombe sous le sens au vu des décennies de sous-investissement, sanctionnées d’ailleurs par un épisode grave, la catastrophe du wagon chimique. Mais on se vexe. Jean-Claude Cochard a eu beau jeu d’opposer au chantier lausannois l’exemple de la gare souterraine DML de Zurich, qui couronne une théorie d’autres investissements. Ou l’ambition lucernoise, soutenue par les CFF, d’avoir aussi une gare souterraine. Ce cheminot a eu, de plus, l’outrecuidance de déplorer la domination alémanique à la direction générale, problème bien connu, ancien et néanmoins très préoccupant. Mais il a été maladroit en qualifiant en même temps ces directeurs de mauvais stratèges. On lui reproche du racisme! Ambiance.

Il y avait eu, assez vite, une proposition alternative sous forme d’une gare souterraine. Elle avait paru irréaliste, en raison du tunnel transversal du métro M2. Jean-Claude Cochard entend relativiser l’obstacle. Selon son schéma, si des voies souterraines ne peuvent être construites sous les voies actuelles 1 à 4, sous les voies 5 à 7 en revanche, le métro est descendu assez bas pour laisser un espace où deux voies souterraines pourraient passer, qui suffiraient aux capacités demandées.

Bien sûr ce n’est pas tout simple. Il faudrait déjà trouver une solution aux deux actuels passages sous-voie. Mais ce qui frappe est la manière dont le chef de projet, s’appuyant sur cette dernière objection, balaie l’esquisse du cheminot. Comme si d’avoir fait l’effort de rencontrer longuement le Collectif Gare était le maximum admissible. On semble vexé que ce mouton noir – et en plus, un cheminot! – ne se soit pas incliné devant les conclusions des ingénieurs de la maison. A moins que dépasser les 700 millions budgetés aujourd’hui soit vu comme impossible à faire admettre à une majorité alémanique: mais ne voulant pas le reconnaître, on préfère couper court à tout débat. On est en tous cas loin de l’harmonie mise en scène cette semaine par la presse locale.

Cette dernière («24 heures») a négligé de renseigner ses lecteurs sur la variante des deux voies souterraine, pourtant publique dès le 19 juin. Elle y a tout de même fait une allusion perfide cette semaine en célébrant le happy-end entre l’ex-Régie et des riverains résidents. Le commentateur préposé déplore que «des pseudo-spécialistes cherchent seulement un petit moment de gloire en proposant des solutions toujours plus absurdes».

C’est son droit de le dire, et tous les goûts sont dans la nature. Mais quand il s’agit d’une publication en situation de quasi-monopole, c’est pour le moins gênant.

 Article paru dans “Courant d’Idées”

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One Response to “Remue-ménage lausannois”

  1. Nathalie Acolas 23 août 2012 at 07:42 #

    Un an après le coup de massue assené par les CFF aux habitants du quartier sous-gare, quelques heures après un communiqué de presse triomphant annonçant la signature d’un accord entre l’association des riverains de la gare, est annoncée, comme allant de soi, l’information concernant la démolition du parking su Simplon.

    A nouveau, les CFF se comportent en terrain conquis. Nous décidons, et les autres n’ont plus qu’à accepter.

    Mis à part cette manière de procéder absolument détestable, plusieurs questions se posent .

    – Où vont aller se garer les 400 voitures qui occupent actuellement, quotidiennement ce parking ? Même en développant encore les transports publics, y aura-t-il encore des voyageurs qui rejoindront la gare en voiture ?

    – Où vont aller se garer les habitants du quartier, qui même munis d’un macaron n’ont parfois pas d’autres solutions que de payer une place au parking pour se garer?

    – Où vont aller se garer les futurs visiteurs du pôle muséal?

    – Le quai 9 existe déjà, sur le parking; alors à quel besoin correspond cette démolition?

    – Est ce pour construire des commerces, des commerces, et toujours des commerces, qui génèrent un trafic automobile intense dans le quartier, les vendredis, samedis soirs et dimanches?

    – Que va devenir ce quartier?

    – Que va devenir la vie des habitants durant tous ces travaux (le parking a tout juste 20 ans, et nous avons déjà subi des mois de travaux à l’époque)?

    Nous attendons que les autorités se positionnent, que les CFF nous respectent, et une réponse à toutes ces questions.

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