Quels aiguillages pour un rail fort?


Lors de sa session d’hiver, la Chambre des cantons s’est occupée de l’avenir du rail en Suisse. Elle en a défini les principaux aiguillages, comme il lui incombait de le faire. D’autres, certains soi-disant experts des transports publics, veulent au contraire rendre ces derniers plus chers.

PAR PAUL RECHSTEINER

Primo, 6,4 milliards de francs seront investis durant la première étape (jusqu’en 2025) dans des aménagements qui toucheront les principales régions du pays et pas seulement les centres. Deuzio, le nouveau «Fonds d’infrastructure ferroviaire» permettra un financement stable qui ne dépendra pas des sautes d’humeur des parlementaires. Il garantira non seulement les investissements, mais aussi l’entretien.

Même si ce grand projet pour le rail doit encore être approuvé par le Conseil national puis en votation populaire, on peut d’ores et déjà constater que les avocats des transports publics, et tout spécialement le Syndicat du personnel des transports, le SEV, connaissent-là un beau succès. Le SEV fait partie d’une grande coalition instigatrice de «l’initiative populaire pour les transports publics» (appelée aussi initiative ATE). Et pour une fois, le contre-projet voté par le Conseil des États va largement au-delà des exigences posées par les initiants. En lançant une initiative, on ne peut guère rêver mieux!

Pour qu’un maximum de monde choisisse les transports publics, ce dont profite l’environnement, une offre attractive ne suffit cependant pas. Il est également important que les prix soient abordables. Avec leur récente adaptation, on a maintenant atteint un seuil au-delà duquel ils ne seraient plus supportables pour beaucoup. Prendre le train ne doit pas devenir un luxe pour la majorité de la population.

Depuis peu, les associations des milieux économiques, qui ne disent rien de bien intelligent sur ce thème depuis des années, ne sont plus les seules à faire de la surenchère en prônant à tout bout de champ des transports publics plus chers. Certains milieux dits scientifiques font en effet état depuis un certain temps de découvertes dans ce domaine bien peu éclairantes et se contentent de jouer aussi la provocation. Le pompon revient au Professeur Laesser de l’Université de Saint-Gall, qui est le «créateur» d’un abonnement général à 10 000 francs. Même si ce prix ne concernerait finalement que la 1ère classe, toute la presse s’est jetée sur cette demande provocatrice d’augmenter les frais supportés par les usagers. Le clou de l’histoire: le Professeur Laesser dirige le «SBB Lab» à l’Université de Saint-Gall qui est financé par les CFF et chargé de développer des idées novatrices pour les transports, mais ne fait à proprement parler rien d’autre que de répandre la bouillie idéologique des libéralisations. Finalement, cela signifie que nous devons payer davantage pour que le «SBB Lab» puisse nous prendre pour des idiots…

Toujours est-il que le passé récent nous montre bien que la politique ferroviaire en Suisse n’est pour le moment faite ni par les milieux économiques ni par des professeurs de Hautes Écoles. Une solide majorité de la population veut toutefois des chemins de fer attractifs et abordables. Nous devons donc faire en sorte que cela reste le cas, aussi bien au niveau de l’infrastructure que des prix.

 L’auteur est président de l’USS

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