Lettre à un militant communiste orthodoxe


La voie anthropocentrique est le péché capital de la civilisation humaine. 

PAR BERNARD WALTER

Elle mène au cul-de-sac total, elle mène à la ruine. Ça a été tellement loin que le mépris avec lequel l’Hommeaupouvoir traite la vie sous toutes ses formes, le mépris avec lequel il traite l’animal, il l’étend à son Semblable, il l’affame, le paupérise, le torture et le réduit à l’état d’esclave.

La «voie du prolétaire», pour légitime qu’elle soit, mène au même cul-de-sac. Elle veut affranchir les hommes asservis, créer une société égalitaire, mais elle n’envisage la solution que sous l’angle d’une vie composée d’une humanité à laquelle toute autre forme de vie est subordonnée, à laquelle toute autre forme de vie est par là-même réduite au rang d’accessoire. C’est cette instrumentalisation de la Nature – car il s’agit bien de cela, quoi que tu veuilles croire et quoi qu’une mode culturelle et «scientifique» du jour voudrait nous faire avaler – qui est fatale à l’Homme.

Ton combat légitime te met dans un état de guerre permanent et ne fait que répondre à la guerre totale qui est la seule voie possible pour l’Hommeaupouvoir. Car celui-ci n’a qu’une finalité et une seule, c’est conserver son pouvoir, donc l’augmenter, donc créer un état de guerre toujours plus total.

Tant que tu ne considères pas la Vie comme Une, et tous les éléments qui la constituent comme liés les uns aux autres, tu n’en sortiras pas. Nous en sommes au stade de l’embardée du bateau fou, ton volontarisme prolétarien n’y changera rien. Tout homme au pouvoir qui a une autre aspiration que le pouvoir est impitoyablement détruit: Lumumba, Sankara, Allende, comme exemples.

Comme je l’ai écrit dans un précédent texte, une autre société est à construire. Avec la nature et non contre elle, avec les animaux et non contre eux. Avec les autres, et non contre les autres. Une telle société ne peut se faire dans la contrainte. Si on ne peut la réaliser à l’échelle du monde, commençons-la autour de nous. Ce sera déjà quelque chose. Qui va de pair avec la poursuite de la lutte politique.

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6 Responses to “Lettre à un militant communiste orthodoxe”

  1. Arnaud Nemoz 7 avril 2014 at 15:05 #

    Mis-à-part l’explication anti-humaniste, niant la supériorité tacite du règne humain sur les animaux, je trouve étrange que l’auteur utilise le “tu”, même si c’est une bonne idée. Personnellement, je trouve l’article trop défensif même si son sens est juste, et même si j’ai trop de vidéos en mon esprit en ce moment.

    C’est une belle lettre, très utopiste. Ma politique et les idéologies que je partage n’iraient pas dans ce sens-là, craignant particulièrement la supériorité animale et les divisions. La traite des hommes envers et contre les hommes, celle des animaux contre l’humanité sont choses réelles: regarder Achille, par exemple, et ses soldats-fourmis. Une base de réflexion en tout cas.

  2. Marcel Just 7 avril 2014 at 18:52 #

    J’entends votre propos, cher Bernard Walter, il m’est connu et, comme comme vous le savez, largement répandu. Qu’est-ce que cette “instrumentalisation” de la nature par l’humanité (“l’Homme”, si vous préférez)? Comme si “l’Homme” n’était pas une composante de la nature. Comme si “l’Homme” était une catégorie distincte de la nature. Comme si “l’Homme” avait un quelconque pouvoir sur la “Nature” (avec un grand N) autre que celui de chercher à s’y adapter. Que “l’Homme” craigne la nature, pas de doute! Qu’il cherche à en prévenir les assauts (virus, cataclysmes), certes ? Mais de grâce, pas “d’instrumentalisation”. Quant à se “subordonner” toute autre forme de vie, ne savons-nous pas déjà qu’au crépuscule et à l’extinction du genre humain, les fourmis (que vous aimez tant) lui survivront.

    Poser la question du pouvoir, très limité, que “l’Homme” exerce sur la nature par le moyen qu’il a trouvé pour s’y adapter, le travail, ouvre d’autres perspectives pour comprendre les modes culturelles et “scientifiques” du jour que vous mentionnez. L’humanité travaille, et les rapports de pouvoir que les hommes entretiennent entre eux sont directement liés à l’organisation de ce travail et à la répartition de ses fruits. Votre postulat est toujours celui de l’Eternité et du Grand Tout! Fataliste, vous confirmez que, non seulement “l’Homme (serait) un loup pour l’homme”, mais qu’en plus, il le serait pour la “Nature” et la “Vie” en général (disons, sur Terre). Avec votre vision du “Pouvoir”, en tant qu’entité “universelle”, vous procédez selon la même tautologie. Vous établissez un tout conceptuel du “Pouvoir”: la “Nature” en tant que potentat de l'”Homme” intégré à la forme et au contenu du “Pouvoir” tel qu’exercé en une (très courte) période de l’Histoire des hommes, de leur organisation et des rapports sociaux de production qui, pour se gouverner (et tendre à assurer leur pérennité), leur servent de modèle. À cela vous ajoutez encore la donnée psychologique, le fantasme du “Pouvoir”. L’acception de “l’Homme” pris individuellement. Comme s’il suffisait d’être perturbé par la fantasmagorie du pouvoir (indépendamment du contenu politique et idéologique de ce pouvoir) pour ne pas être emporté par son exercice. Les trois “petits” exemples que vous signalez ne sauraient constituer les bases d’un système. Pour un dirigeant assassiné, combien de sans-grades?

    Evoquant les révolutions “prolétariennes”, vous parlez de “cul-de-sac”. Mais, sincèrement, ne voyez-vous pas que pour l’humanité (et son environnement), le chemin vers le cul-de-sac est très précisément celui emprunté par une organisation éculée du travail et de la société, c’est-à-dire par la dégénérescence d’un régime (le capitalisme) qui ne permet plus de répondre aux besoins ni même aux principes de civilisation auxquels la survie matérielle du genre est conditionnée.

    Votre “idéologie” est celle des “indignés”, des “décroissants”, des philanthropes, sceptiques et autres “écologistes” d’opérette. Elle est aussi celle des curés et de leur “péché originel”. Vous stigmatisez “l’anthropocentrisme” comme si la lutte à mort que les peuples mènent et sont appelés à mener procédait, non pas du besoin de réaliser les conditions de leur existence matérielle, mais d’une propension particulière de l’espèce à se regarder le nombril. Ces thèses, hélas largement répandues, servent de fonds de commerce, que dis-je, elles sont l’eau et le pain d’une idéologie (celle de la bourgeoisie) qui dénie à l’humanité le droit de remettre la propriété privée, en tant que valeur intemporelle, en cause.

  3. Bernard Walter 7 avril 2014 at 19:12 #

    Mais vous êtes dans la complète errance, cher Marcel Just! Bien sûr que l’HOMME se comporte comme un être à part. Il est celui qui domine tout, il n’est plus une “composante de la NATURE”, il est une “catégorie distincte de la NATURE”, c’est pour ça qu’il fait des CENTRALES ET BOMBES NUCLéAIRES et des DRONES et des MITRAILLETTES. Il a tout pouvoir sur la NATURE et sur les BALEINES, il est tellement bon qu’il a le pouvoir de faire tout péter. Mais heureusement que je suis là pour vous informer!

    Les fourmis, mais je les aime autant que vous, sauf qu’avec vous, je peux causer. Mais je dis fourmi comme je dirais léopard ou rhinocéros ou buse ou cafard ou grenouille ou LOUP (la liste s’arrête là, de façon totalement arbitraire).

    Quant au chapitre du rapport des hommes entre eux, frère Just, vous êtes dans la totale contradiction. Toutes vos envolées lyriques sur “la bourgeoisie monopolistique” qui “répand le chaos, la guerre et l’exploitation” ne sont qu’un long plaidoyer pour la thèse malheureuse  de “l’Homme qui est un loup pour l’Homme” (pauvre loup!).

    Alors vos étiquettes ne me dérangent guère! La propriété privée,ne voyez-vous donc pas que chaque mot de moi la met en cause, c’est ce qui nous rassemble, Rousseau, Lénine, vous et d’autres (dont moi donc). Mais maintenant, vos imprécations ne disent en rien comment sortir de ce système. Vous voulez en sortir par la guerre. Mais quelle guerre? Comment la mener, comment la gagner, qui sont vos généraux – à part vous -, où sont vos troupes? De ça vous ne dites rien, à ces questions vous ne pourrez répondre que par une répétition de l’étiquette que vous ne vous fatiguez pas de me coller: “Toutes vos questions ne sont que celles du curé bourgeois incurable”. Mais votre réponse à vous n’est qu’une réponse de curé communiste réduit au discours qu’il lance de sa chapelle solitaire.

    A propos d’anthropocentrisme, l’Espèce ne se regarde pas le nombril, elle n’est pas assez stupide pour cela. Son intelligence consiste à ce qu’elle se considère comme le nombril du cosmos, et c’est ce nombrilisme-là qui la perd.

    Alors frère, à +. Et unissons nos forces!

  4. Marcel Just 7 avril 2014 at 20:48 #

    Mais mon “pauvre” Bernard Walter,

    Ne voyez-vous pas que vous prêtez le flanc aux thèses ésotériques de tous les déistes, “créationnistes” et autres obscurantistes qui font de l’Homme une engeance à part, une entité vivante en soi, distincte de la nature qui l’héberge? Ne voyez-vous pas que c’est là donner un contenu au thèses qui prêtent à l’Homme une essence “supra-naturelle”, façonnée, à sa gloire, par le “Grand Architecte” jaloux de son pouvoir discrétionnaire de juge suprême habilité à trancher en distinguant du Bien ou du Mal, celui qui, dans la conscience et les agissements de “son” humanité, l’emportera?

    Pathétique! Votre regret, Votre grand regret (déplorablement partagé par d’autres) tient en cela que “l’Homme”, dans son évolution, découvrît le feu. Vous me parlez centrales et bombes nucléaires, drones et mitraillettes qui ne sont rien à côté de “Big One”, nuages de criquets, ouragans, malaria et SIDA mais qui, dans tous les cas, sont organiquement et intimement reliés à la découverte du feu par “l’Homme”. Serait-ce là, pour vous aussi, la source du Péché originel (perversion du savoir s’il en est), cher à la caste des “hommes” de foi, curés, rabbins, imams et autres charlatans?

    Je vous en supplie, distinguons la science de la religion! Distinguons les croyances du raisonnement! Comment ne pas voir que les extraordinaires moyens de destruction massive dont se sont dotés les pouvoirs régaliens, Etats et gardiens armés de la “propriété privée des moyens de production”, sont consubstantiels, non-pas d’une improbable “nature-humaine”, ô combien maléfique, mais des conditions nécessaires au maintien d’un régime, celui, précisément, de la “propriété privée des moyens de production” (auquel, en passant, le stalinisme a rendu les plus grands services)? Faire des “vices” de l’humanité un “impératif catégorique”, absolu, intemporel et en-dehors des Lois de l’Histoire, c’est faire le lit de ceux qui, implorant le “pardon”, incitent à la pénitence. Comment ne pas comprendre que les moyens de destruction colossaux mis en oeuvre par les Etats impérialistes ne participent pas d’une fatalité ou de la rencontre fortuite et malheureuse entre une nature sublimée et son parasite, “l’essence-humaine”, mais constituent l’arsenal auquel recourent les forces de la contre-révolution pour terroriser les “humbles” (une classe sociale gigantesque conscience de sa singularité) dont l’existence seule est (par nature) révolutionnaire?

    Vous demandez “où sont les troupes”? Vous vous inquiétez de quelques généraux? Sauf à penser que les révolutions et l’irruption des masses sur la scène de l’Histoire ne soient inscrites aux Tables du noir dessein d’une humanité dépravée, l’observateur rationnel se fera facilement une représentation réaliste de l’importance des troupes, et de leur nombre, qu’une classe sociale (quand il s’agit de la classe ouvrière) est en mesure de lever. Allez donc demander aux colons de la couronne Britannique, aux nationalistes bourgeois chinois et aux colons français de combien de troupes disposent les forces (politiques et sociales) capables de s’agréger la classe ouvrière pour combattre (l’ennemi de classe étant, en toutes circonstances, celui que la classe ouvrière combat avec le plus de coeur et de détermination). 

    Pour finir, je ne vois rien de “lyrique” dans cette condition objective du capital à se consolider par le moyen des fusions, acquisitions et constitutions de monopoles. La bourgeoise n’est pas monopolistique (de capitaux) par choix esthétiques, elle l’est, pour son grand malheur, par obligation et pour tenter d’assurer sa propre préservation en tant que classe détentrice, menacée, mais juridiquement dominante.

    “Mon frère Bernard, je vous-le dis, avec ou sans “curés-communistes” (ou prétendus tels), et, si possible, sans le concours de la Divine Providence et de ses sbires, les centaines et centaines de millions qui regardent médusés que les “profits” à la bourse augmentent pendant que leurs ventres se creusent sont la force, qu’avec le travail, l’évolution biologique des espèces sur terre a donné au genre humain. Ne pas prendre en compte qu’objectivement cette force constitue les bataillons de ceux qui auront à régler, définitivement, la guerre que le travail, réciproquement, mène encore au capital, au prix d’innombrables difficultés, c’est faire le beau, monter au balcon des Cieux, et muni d’une balance illusoire, prétendre peser, en les distinguant, le Bien du Mal, en maugréant cette pensée bien connue: “L’Homme, cet orgueilleux, ce dominateur et prédateur de nature, est tombé dans les rais de Satan. Il est foncièrement mauvais, qu’il soit damné!”

    Voilà comme vous voyez, cet échange, et c’est peut-être ce qui intéresse l’esthète, est un dialogue de sourds.

  5. Arnaud Nemoz 12 avril 2014 at 21:18 #

    007 sur mes paris BWIN ? Ai-je tord d’y voir une atteindre à ce que j’appelle personnellement les droits de l’hommes ? Oui et non, diront les plus incescte insecte, tout est prévu visiblement, mais le pugilat de Bernard Walter a sans doute ses raisons et ils chargent sans même s’en rendre compte.

    I can see i’m dying, so ? La supériorité humaine, de l’homme également sur le règne animal est l’essence même d’une juste cause et d’une juste vie pour chacun. Jesus n’est pas venu appeller des justes, mais des pêcheurs : moi qui lui voyait un point de vue moins guerriers, plus “sacrificial”, j’en tempe (points à points), sans la chanson de Rihanna. En quoi ces propos ne sont-ils pas valable ? En plus de ceux de Florian, Frederic, Neji ? Tant de dites rencontres qui obscursissent ma réelle naissance ! Sans “rien” que j’essaie de vaincre,

    Arnaud Régis Childéric Némoz

  6. Arnaud Nemoz 12 avril 2014 at 21:26 #

    Où = perdre. L’errance peut mener à de grandes choses !

    (lutte-pour-le-changement.over-blog.com),

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