«Attends! J’vérifie!» Smartphones et distractions (II)


La technologie ne s’insère pas uniquement dans nos conversations pour nous épargner de la salive (la Méduse du 18 avril 2015), mais elle s’impose également comme la gardienne encyclopédique suprême de toutes les vérités.

PAR ONCLE PHIL

En effet, il devient difficile de se lancer dans de grands discours socio-historico-populo-politiques (plus communément appelés «théories de bistrots») tant certains individus se bornent à vérifier l’éventuelle disproportion des propos tenus en leur présence:

– “Mais oui, j’t’assure! Il y a des loutres qui mesurent au moins 1 mètre 50! Aussi grandes que des humains, quoi!”

– “Mmmmmh… tu crois? ça m’paraît vraiment énorme. Attends, je vais vérifier ça!”

L’attente du verdict est plus ou moins longue. Après quelques gorgées de bière et un rire un peu nerveux, le vérificateur vous retombe dessus avec des «faits» : un article de Wikipédia ou la première chose sur laquelle il est tombé en pianotant sa question sur Google. Si le vérificateur vous donne raison, vous êtes une personne cultivée et digne de confiance. S’il vous donne tort, soit vous vous résignez et passez pour un mythomane, soit vous lui montrez qu’effectivement, il existe des loutres de 1 mètre 50 dans le monde, mais vous devenez à votre tour un vérificateur.

Les vérificateurs abusent aussi de la technologie en contexte professionnel ou scolaire. Par exemple, pour un enseignant de langues — aujourd’hui, coachs linguistiques ou formateurs d’adultes — la moindre erreur est sanctionnée à coups de conjugueur.fr ou de cambridgedictionary.com! En effet, si les étudiants doutent des dires du prof, ils ne s’empêcheront pas de vérifier si l’enseignant dit bien tout correctement comme qu’ce s’rait juste, surtout si les étudiants sont des fonctionnaires suisses-allemands monomaniaques qui n’aiment pas trop que des Welsches viennent leur expliquer que le mot «Cervelas» se dit de la même manière dans les deux langues, ou encore que les éminentes épaves vermoulues de l’Académie française n’ont pas prévu d’équivalent pour expectorer le nom de leur maudit patelin d’Argovie septentrionale, même s’il y a une centrale nucléaire pas loin. Si on ne croit toujours pas le malheureux enseignant, il devra son tour faire appel à… Wikipédia. Le vérifié devient vérificateur ; il doit enseigner la vérification des vérités à ses vérificateurs, faute d’être mal vérifié.

Les vérifications ne se limitent pas à des joutes de culture générale. On contrôle désormais de nombreuses infos par le biais de nos applications: météo, actualité en vrac, état des routes ou horaire des transports publics, fiabilité d’un restaurant… le tout saupoudré de publicités pour les consommateurs qui n’auraient pas payé ces app’.

L’utilisation des smartphones fait désormais partie de nos conversations. Son usage ne se limite pas à montrer des images au lieu de mettre en mots, mais il sert de référence constante autant dans la distraction que dans le savoir. C’est un peu comme si toutes les encyclopédies du monde et toutes les archives de vidéo-gag vous poursuivaient sans relâche, partout, à tout moment. Tout ce magma de choses numériques vous aide et vous distrait en même temps, s’insère dans vos conversations au quotidien. C’est incroyable quand même! Des loutres géantes qui peuvent atteindre 1 mètre 70! Moi, ça m’hallucine… C’était quoi le sujet?

onclephil.ch

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2 Responses to “«Attends! J’vérifie!» Smartphones et distractions (II)”

  1. Schindler 2 mai 2015 at 21:53 #

    Dis Tonton, pourquoi tu tousses ? C’est mon smartphone qui déconne !

  2. Oncle Phil 3 mai 2015 at 09:36 #

    Oui, je tousse à toux! C’est ma tablette qui part en cacahuète.

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