Le billet d’Albert – Le respect de la femme ne se décrète pas, il s’acquiert par l’éducation


Dans quel cerveau dérangé a pu naître l’idée saugrenue d’une journée internationale de la femme?

PAR ALBERT EBASQUE

Telle est la question que je me suis posée en ce 8 mars 2016 qui célèbre le sexe dit faible alors que le matin du même jour c’est encore moi qui ai dû préparer le petit déjeuner familial…

Dans mes rêves les plus fous, j’imagine des troupes de femmes surexcitées manifester leur différence ce seul jour de l’année. Face à elles, une armée de machos prêts à défendre leurs positions en faisant barrage de leurs corps velus et musclés tandis que les forces de l’ordre sont aux aguets.

Combien sont-elles? Des milliers, selon les organisatrices. Quelques centaines, selon la police. Mais la tension est vive et les slogans fusent des deux bords: “Notre corps est à nous”, disent les unes. “On est les plus forts”, répondent les mâles en écho. Les deux groupes se font face et l’on sent que tout peut déraper en un éclair. Soudain, quelques Femens à la mamelle arrogante comme dirait Desproges tentent une percée en direction des hommes. Mais les CRS qui, manifestement, n’attendaient que cela se ruent sur elles pour les entourer à pleines mains et les plaquer brutalement au sol, ce qui ne fait qu’augmenter la colère des manifestantes. Le choc est inévitable. S’en suit une terrible bataille rangée où les hommes sont très mâles menés… si l’on peut dire. Ces derniers commencent à battre en retraite devant les assauts répétés des hordes déchaînées. Et c’est à ce moment précis que je me réveille en sueur. Ouf! Ce n’était qu’un cauchemar…

Une journée internationale de la femme est-elle justifiée? Le mot important est “internationale” car il est vrai que certains pays sont à blâmer dans ce domaine. Mais un seul jour dans l’année semble dérisoire et inutile, voire absurde et comique. Nous sommes dans un monde qui aime les symboles. Et celui-ci est totalement dépassé pour les pays respectant les femmes et parfaitement inefficace pour les autres. Certes, il y a d’un côté les textes de loi et de l’autre les faits ou les comportements. On peut vivre dans un pays où l’égalité entre hommes et femmes est inscrite dans les textes mais où les habitudes ne sont pas en accord avec la loi.

Mais la réponse est dans l’exemple et l’éducation. Le respect de la femme ne se décrète pas, il s’acquiert tout jeune et notamment dans le milieu familial. Si le père respecte son épouse le fils respectera la sienne, le contraire étant malheureusement aussi exact. Le combat de nos compagnes pour l’égalité des droits est évidemment un noble combat mais il ne faut pas le réduire à des symboles ou à des éléments anecdotiques comme cette célébration qui a quelque chose d’affligeant. Depuis l’homme des cavernes qui, paraît-il, traînait la femelle par les cheveux comme un trophée jusqu’à nos temps modernes ayant établi une égalité presque parfaite, ce combat fut suffisamment long et difficile pour ne pas le réduire à ces pauvres 24 heures.

Car au pays de l’Absurdie, on pourrait aussi inventer la journée internationale du gendre, cet être fragile et discret parfois maltraité par sa belle-mère. Mais il est peu probable que cela soit d’un quelconque effet sur des relations intrafamiliales ancestrales propres à la nature humaine…

Quant à moi, je préparerai encore le petit déjeuner demain matin et rangerai les assiettes dans le lave-vaisselle comme je le fais tous les jours de l’année. C’est pour moi un véritable plaisir que je ne laisserais à ma chère et tendre épouse sous absolument aucun prétexte. Surprenant, non?

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3 Responses to “Le billet d’Albert – Le respect de la femme ne se décrète pas, il s’acquiert par l’éducation”

  1. Zimmermann Michel 14 mars 2016 at 18:52 #

    Petit rappel : La Journée internationale des femmes tire ses origines du Congrès de l’Internationale socialiste de Copenhague (1910) au sein duquel la militante allemande Clara Zetkin, se plaçant sur le terrain de la défense des intérêts matériels, moraux et politiques des femmes travailleuses, proposa que tous les 19 mars, respectivement dans chacun de leurs pays, les classes laborieuses, prenant en compte la discrimination et le degré d’exploitation accru auxquels l’exploitation capitaliste soumet les femmes, se mobilisent. Cette proposition, entérinée par le Congrès, donna lieu en 1911 à de gigantesques manifestations dans toutes les grandes villes, tant en Europe qu’aux Etats-Unis avec partout les mêmes revendications : droit de vote, accès à la fonction publique, fin des discriminations au travail, protection sociale pour fait de maternité, etc. Devenue, avec le 1er Mai, une tradition de mobilisation clairement inscrite au calendrier mondial de la lutte de classe, ce n’est qu’en 1977 que l’ONU (la caverne des brigands) proclama le 8 mars “Journée internationale de la femme”, par opposition à “Journée internationale des femmes”, dans le but évident de transformer une mobilisation de classe au contenu éminemment politique en folklore cultuel, condescendant et à bien des égards sexiste.
    Une pensée émue pour les suffragettes et le militantes ouvrières du début du XXème siècle qui, décidément, et contrairement à certaine de nos contemporaines, “en avaient dans le corsage” !

  2. Yasmine Motarjemi 15 mars 2016 at 09:55 #

    Merci pour soulever ce sujet. Evidemment, quand le jour même de la journée internationale de la femme, au Tribunal Montbenon de Lausanne devant une juge femme, mon ancien chef de Nestlé hardiment compare mes compétences managériales à la compétence d’utiliser une capote, on peut se demander l’utilité d’une telle journée dans le pays le plus moderne et démocratique du monde.

    Néanmoins, je pense qu’une telle journée est importante pour se pencher périodiquement sur les problèmes des femmes dans la société. Je suis également en accord avec Albert Ebasque que le respect de la femme est une question d’éducation. Les lois sont nécessaires pour créer l’environnement et le contexte et nous protéger des abus, mais elles ne changeront pas les pratiques. Mais, à part les lois, ce qui nous faut également est le soutien de la société civile, surtout pour dénoncer les mauvaises pratiques.

    Quand, par son silence, la société soutient les dirigeants des entreprises qui méprisent les femmes, comme je l’ai vécu chez Nestlé, peut-on vraiment s’attendre à une égalité des femmes dans le monde professionnel ?

    Voilà qu’un haut dirigeant de Nestlé se porte insolent et vulgaire devant le tribunal et cela ne fait aucune réaction dans les média ou par les organisations de femmes !

  3. christiane betschen 17 mars 2016 at 18:43 #

    L’article de M. Ebasque parle tantôt de respect, tantôt d’égalité. Pour moi, ce sont deux notions différentes. On peut respecter une personne sans lui accorder les mêmes droits qu’à soi. L’égalité des droits entre les hommes et les femmes ne se limite hélas pas à la prise en charge de quelques travaux ménagers par les hommes.
    Ce vaste sujet m’amène à faire deux commentaires :
    1. Ma carrière professionnelle s’est déroulée dans un milieu principalement masculin. J’ai fait maintes fois l’expérience qu’il nous faut, femmes, avoir une longueur d’avance par rapport aux hommes pour être entendues.
    2. Dans les années 70, j’ai participé dans la mesure de mes possibilités à la lutte pour les droits des femmes (Evelyne Sullerot était notre guide en la matière) et, maintenant, j’ai l’impression que mes filles et petites-filles auraient trop tendance à prendre pour acquis des droits pas si assurés que ça !

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