Euro, le mythe et les dominos


Près de quatre mois après le référendum sur le Brexit, force est de constater que le Royaume-Uni n’a pas capoté dans le fossé.

PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Par contre un doute existentiel mine ses anciens partenaires dont la monnaie commune alimente beaucoup de commentaires perplexes en dehors et au sein même de l’Union européenne.

Combien de temps l’euro tiendra-t-il encore? Les paris sont ouverts. Au jeu des pronostics, c’est Joseph Stieglitz qui va le plus loin. Pour le Nobel américain, l’Italie donnera le signal d’une partie de dominos qui verrait plusieurs pays européens abandonner tour à tour la monnaie européenne, considérée comme un obstacle à leur compétitivité. L’économiste «souverainiste» français Jacques Sapir le rejoint.

Si on laissait flotter librement les monnaies en termes virtuels, le deutsche mark vaudrait 1,50 dollar. Les Allemands achèteraient ainsi meilleur marché à l’étranger mais vendraient moins. Inverse serait l’évolution en France avec un franc dévalué. Quant à la Suisse, tout porte à croire que son franc suivrait le mark. Cela n’arrangerait pas ses exportateurs mais comme le relève justement le PDG d’une banque cantonale romande, le problème se situe d’abord dans la faiblesse de la croissance européenne.

Fausse bonne idée, l’euro pourrait ainsi ne jamais atteindre l’âge de la maturité étincelante. Mort à vingt ans. Fauché au champ d’honneur non sans avoir entretenu la folle illusion qu’il détrônerait les pétrodollars. Un mythe s’écroulerait, laissant ouverte toute interprétation sur la motivation de ses artisans mais pas sur leur erreur d’appréciation.

Une monnaie n’est pas la cause d’une communauté étatique digne de ce nom. Elle en est la conséquence. Créé au lendemain de la fondation de la Confédération, le franc suisse est là pour le prouver.

GHI

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3 Responses to “Euro, le mythe et les dominos”

  1. Martin de Waziers 13 octobre 2016 at 09:31 #

    Cher Christian,
    Permets pour un admirateur de l’Europe à cheval sur ses appartenances helvétique, flamande et française, qu’il s’offusque de ces offenses faites à la construction européenne!
    Oui, tu as raison, il y a des failles dans le système, en partie lié à une précipitation de la réunion de pays pour former trop vite un ensemble perdu dans son marasme bureaucratique.
    Mais l’Europe a la même réalité que les USA de l’époque ou la confédération de nos ancêtres et il faut donner du temps au temps, comme le disait très justement Sénèque!
    Alors, ne faisons pas le jeu des US qui manipulent le monde et cherchent, à tous prix, depuis 1992 (je suis bien placé pour le savoir), à casser la construction de la Pax Europeanna.
    Merci, Martin

  2. Christian Campiche 13 octobre 2016 at 12:59 #

    Cher Martin,
    Merci pour ta réaction. “Ne faisons pas le jeu des US…”: je te suivrais totalement si ce n’est que Bruxelles fait déjà le jeu des US depuis la fin de la guerre. J’ai beaucoup travaillé sur le sujet et publié en 1999 “Le Séducteur de l’Occident” puis “Le Nègre de la Rose , deux essais partant d’une même biographie, celle de Denis de Rougemont. La thèse principale est celle de la manipulation américaine dans la construction européenne.

  3. Michel Zimmermann 17 octobre 2016 at 13:45 #

    Petit rappel pour tenter de mettre un terme à l’angélisme (pax europeana), aux falsifications et à la propagande :
    La Communauté européenne, ses institutions et son fonctionnement, tirent leur substance historique et matérielle du Plan Marshall (et de la CECA, largement initiée par les recommandations de la diplomatie US) et, dans le domaine idéologique et politique, des travaux de l’école des cadres d’Uriage (y compris la Révolution nationale), des Thèses sociales de l’Eglise (rerum novarum) et, plus globalement, du projet corporatiste “européaniste” cher aux intellectuels démo-chrétiens de la guerre et de l’après-guerre (post-fascistes) : La “Gemeinschaft” par opposition à la “Gesellschaft”. De fait, personne n’ignore que, dans le contexte des structures vertébrales de la Communauté européenne, le mal-nommé Parlement européen de Strasbourg, dont le rôle n’est que consultatif, tient exclusivement lieu de décorum. Certes onéreux, ce dernier est totalement dévolu à la propagande (vernis démocratique ).

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