Tribune libre – La douloureuse remise en question du journaliste romand


Récemment, Daniel Cornu, médiateur de Tamedia Publications romandes, était l’invité de «24 heures ». Titre de son intervention: «Crise de la presse papier, des lecteurs en fuite.» Quand les journalistes s’invitent parmi, il faut croire qu’il y a le feu à la maison.

Et de commencer son article par «Est-ce qu’une crédibilité accrue ramènerait aux journaux sur papier une audience prête à payer pour leurs prestations et assez fournie pour leur rendre la santé économique?» Cet aveu de démission face au devoir premier du journaliste, tel que défini par la «Charte de déontologie de Munich», qui n’est autre que la recherche de la vérité, est éloquente.

Les dégâts pour toute la corporation ne vont pas tarder. Quel exemple est ainsi délivré pour la relève journalistique? Quelles vocations peuvent encore bien susciter des journalistes qui se limitent au rôle de communicant? Pire encore, d’autres deviennent propagandistes. Ce fut le cas, entre autres, lors des dernières élections cantonales vaudoises. La charte appelée aussi communément la «Déclaration des devoirs et des droits des journalistes» proscrit sans équivoque ce mélange des genres. Et Monsieur Cornu d’invoquer également un bassin de population romand trop petit pour soutenir économiquement une presse papier.

On le sait, nous vivons l’ère de la déresponsabilisation. Il a tout de même raison sur le point que les lecteurs romands vieillissent et que la jeune génération dédie plus de temps au zapping sur divers écrans qu’au feuilletage d’un journal. Là où son papier est incomplet et même sans grande utilité, c’est qu’il omet un détail pourtant crucial. Le public a le droit de savoir. C’est même la pierre angulaire de la Charte de déontologie. Et on ne remplit pas cette noble mission en faisant du n’importe quoi.

Il suffit d’observer le niveau des manchettes pour méditer, une fois de plus, sur l’éternelle métaphore de la poule et de l’œuf. Le peuple est-il pareillement crétin pour qu’on lui délivre de l’info-poubelle? Ou plutôt l’info-poubelle fait-elle que le peuple se détourne de la presse papier? Un localier que j’ai connu dans le déjà cité «24 heures» m’avouait qu’il insistait sur le sensationnalisme dans l’espoir que sa rubrique soit également lue dans les autres régions du canton. Dernièrement, Yves Genier, journaliste économique, déplorait, suite à l’élection présidentielle française, en illustrant sur Facebook, photo à l’appui, la Une des journaux français: «Après un tremblement de terre politique tel que l’élection de Macron, on comprend que tous les journaux en fassent largement état. Mais un tel unanimisme des couvertures de magazines ne peut que décourager le lecteur et lui donner le sentiment que la diversité de la presse n’est qu’un mythe.»

Et j’en sais quelque chose. Moi-même candidat à la députation lausannoise, tête de liste d’un jeune mouvement humaniste, co-fondé en 2015, avec un slogan fort, un programme solide et d’avenir, le tout consolidé par la pose de nonante affiches publiques grand format, déclinées en trois couleurs différentes, mon effigie exprès disposée à l’envers, malgré plusieurs appels du pied et la proposition de deux textes en lien avec l’actualité et la campagne écartés d’un revers de main, pas un journaliste… pas un… ne m’a interpellé! Où se trouvait la diversité de la presse Monsieur Cornu, vous qui ne parlez qu’en terme de chiffres – bassin de consommateurs trop faible, clientèle qui vieillit?

Vous oubliez l’essentiel! Vous êtes gardien du temple du quatrième pouvoir. Vous avez la chance d’exercer non seulement un très beau métier mais ô combien indispensable pour le maintien de la démocratie et pour le droit des peuples. Manifestement, vous vous trompez de cible. La qualité a un prix – le goût de l’effort et du courage. Elle trouvera toujours preneur. Pour conclure, cette phrase de Christian Campiche que l’on ne présente plus: «La diversité des médias est la condition sine qua non du dynamisme intellectuel et spirituel d’une région.» A bon entendeur!

François Meylan, Lausanne

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2 Responses to “Tribune libre – La douloureuse remise en question du journaliste romand”

  1. brigitte 14 mai 2017 at 06:37 #

    Très bon article pour cette presse que certains n’hésitent plus à nommer presse de boulevard ou presse people
    Surtout depuis que la Macronite semble avoir contaminé de nombreux cerveaux que ce soit à la TV ou autre
    L’effet Macron a rebours à permis à beaucoup de se désintéresser totalement du monde des infos
    S’en était à vomir disaient ceux à qui o demandait .vous en pensez quoi de ces élections ?

  2. Pierre-Henri HEIZMANN 14 mai 2017 at 17:31 #

    Les Jacques Pillet et consorts ne sont-ils pas les agents précurseurs de cette déroute programmée? La “culture” de la pensée unique, du “moi je dis”, ont démontré que les lecteurs et lectrices de ce coin de Terre n’ont pas besoin qu’on leur dise que c’est bon pour leur tête pour acheter le journal qui le prétend, mais simplement qu’on les aborde comme des adultes matures aux opinions diverses et respectables!

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