Anti-terrorisme, contre-terrorisme et menace terroriste…


Vendredi 23 juin 2017, le “coup de filet” spectaculaire à l’endroit de pseudos djihadistes – un homme, son épouse et leurs deux enfants – sur le parking d’un centre commercial à Aubonne, dans le canton de Vaud, a accouché d’une souris.

PAR FRANÇOIS MEYLAN

Ce qui ressemblait de prime à bord à une action anti-terroriste bien coordonnée et efficace de la part de notre police fédérale et des forces vaudoises s’est finalement révélée comme une interpellation non seulement disproportionnée – armes au poing, en plein jour et sur un parking très fréquenté – mais mal orientée. En fin de compte, le quotidien “20 minutes” du 12 juillet dernier le révèle : il n’y avait aucun lien avéré avec une quelconque organisation terroriste. Ce fait divers ravive plusieurs questions. Entre autres, que signifie l’anti-terrorisme et le contre-terrorisme ? Quelle est la définition du terrorisme ? Quel est l’état de la menace dans notre pays, la Suisse?
La distinction entre l’anti-terrorisme et le contre-terrorisme est significative.

Elle est même importante. L’anti-terrorisme consiste en des actions de prévention et de détection de l’acte terroriste avant qu’il ne puisse se produire. Aussi l’intervention policière d’Aubonne est à qualifier dans cette première catégorie.

Alors que le contre-terrorisme intervient une fois que le crime a été commis. S’il existe quelques zones grises entre ces deux mondes, la différenciation est de taille. Elle permet de distinguer le répressif du préventif, le visible du non visible comme l’avant de l’après.

En France, il existe même une dérive entre ces deux mondes qui est alimentée à la fois par une guerre des polices – plutôt celle des chefs – et par des calculs politiques. Plus surprenant est le fait que l’anti-terrorisme demeure le parent pauvre et l’incompris dans l’Hexagone. Peut-être parce que agissant dans la proximité et dans la discrétion, il ne peut souffrir d’aucune récupération, ni  politique, ni médiatique. Quant à la définition du terrorisme, c’est la galère. Il n’y en a, à l’heure actuelle, aucune de cohérente, du moins dans le concert de la famille onusienne.

Rien que dans les pays anglo-saxons il existe plus de deux-cents définitions. Et sur le site internet de la Confédération suisse, celui du Département fédéral des affaires étrangères, on lit : “Même s’il n’existe aucune définition internationalement reconnue du terrorisme, une conception générale de ce qu’il faut entendre par acte terroriste semble se dégager. Il s’agit d’une attaque intentionnelle contre des civils ou des biens civils visant à intimider une population ou à contraindre un État ou une organisation internationale à accomplir ou à s’abstenir d’accomplir un acte.” Cette définition, certes non exhaustive puisqu’elle ne permet pas de qualifier les récentes attaques et tentatives à l’encontre de militaires – ces derniers n’étant pas des civils –  permet tout de même d’avancer un bout. Et elle donne une nature tout autre aux violences politiques dont nous sommes spectateurs. Du moins celle que l’on essaie de nous asséner à renfort de coups médiatiques. À savoir une pseudo “guerre des civilisations”. Eh non, nous ne sommes pas otages dans une guerre que livreraient des “moyenâgeux” à la civilisation Facebook et mini-jupes! C’est un peu plus complexe. Il y a, lors de chaque action de violence politique, un mandataire, certes, mais aussi un mandant avec un but défini.

Or il est difficile et même impossible de se protéger et de combattre contre un ennemi que l’on n’a pas identifié avec précision ni certitude.

Quant à la menace réelle dans notre pays, trois grandes classes de risques sont généralement évoquées. Premièrement, l’action violente produite par des altermondialistes, voire des “casseurs” sous couvert des premiers. Secondement, ce que l’on appelle communément le terrorisme communautaire qui consiste à racketter des communautés immigrées en Suisse en vue de poursuivre la lutte dans le pays d’origine. Et, le terrorisme à caractère islamiste qui paraît aujourd’hui comme le plus préjudiciable tant moralement qu’économiquement pour nos populations.

Mais là encore faudrait-il pouvoir identifier la menace avant de pouvoir la neutraliser. Une chose est une “guerre idéologique” de surface telle que de s’attaquer à des symboles ou riposter à l’interdiction d’une réunion d’activistes ou de partisans du port du voile. Une autre est le développement d’actions plus violentes qui sous-tendent clairement un message politique, le plus souvent sur fond économique. Notre pays ne semble, pour l’instant du moins, pas visé.

La meilleure prévention resterait encore d’en débattre régulièrement selon une approche pluridisciplinaire. Ce qui n’est de loin pas le cas aujourd’hui. Parce qu’au final, comme l’écrit le Goncourt marocain Tahar ben Jelloun: “Aucune pathologie ne peut servir de paravent au terrorisme.” En d’autres termes, le “zéro tolérance” est de rigueur.

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