Le réveil de l’autruche


La perspective d’une bombe H testée dans l’océan fait cauchemarder les jeunes générations.

PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Elles n’ont pas le souvenir de Moruroa, gerbe tricolore surgissant de l’eau turquoise pour irradier les atolls. Quelques écologistes criaient alors au scandale mais ils étaient biens seuls. L’opinion publique a heureusement évolué. Avec internet difficile de lui cacher les risques environnementaux d’une explosion atomique.

En faisant croire à plusieurs reprises qu’il arrêtait son programme nucléaire, le régime coréen a roulé la communauté internationale dans la farine. Il montre surtout la voie à d’autres Etats tentés par l’aventure. Une dizaine de pays sont dotés de l’arme nucléaire et la liste devrait s’allonger.

L’échec pour l’humanité est hélas inscrit dans les étoiles: il y a longtemps que les Etats-Unis et la Russie, héritiers de la formule atomique développée par les savants de l’Allemagne vaincue, ont perdu le monopole de l’équilibre de la terreur. En feignant de croire à l’efficacité des traités et à la rationalité des Etats-voyous, la communauté internationale a joué à l’autruche. La guerre a changé de visage, des millions de soldats ne se lancent plus les uns contre les autres, mais la perspective du malheur et de la désolation demeure plus vive que jamais.

Heureux les morts qui ne connaîtront pas la nuit atomique? Au moins sont-ils dispensés du devoir d’amnistier des gouvernants qui jugent encore raisonnable la construction de réacteurs nucléaires. Et prônent l’alibi énergétique pour couvrir la fabrication la bombe. Ce n’est pas le cas de l’Allemagne, émasculée de son rôle de puissance atomique, ni de la Suisse. Non seulement cette dernière ne construira pas de bombe H – elle y avait cru pourtant dans les années cinquante – mais elle fermera ses centrales. L’alibi énergétique ne fait plus recette qu’en France dont le président se balade partout avec une mallette contenant le code maudit.

Un démantèlement atomique unilatéral, avertissent les stratèges, est illusoire. Il faudra bien s’y résoudre pourtant, si l’on veut éviter l’holocauste.

 

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4 Responses to “Le réveil de l’autruche”

  1. Pierre-Henri Heizmann 27 septembre 2017 at 12:05 #

    Billet bref et lumineux, comme l’éclair du feu nucléaire, qui dans l’ombre du brouhaha médiatique, se tient tapi, prêt à bondir…

  2. Shamgar 29 septembre 2017 at 07:04 #

    La réaction mole (et c’est un euphémisme) de l’Europe face à la montée en puissance des capacités nucléaires de la Corée du Nord, ainsi que sa quasi-approbation à la politique nucléaire de l’Iran – un état encore plus dangereux, parce que plus calculateur, plus rusé et tout aussi agressif que la Corée du Nord – fait toujours partie de sa politique de l’autruche moralisatrice (pour se justifier…) européenne.

    Il y a des états et surtout des régimes criminels avec lesquels on ne discute pas. L’Europe n’a rien appris de l’histoire ; la France et l’Angleterre pensaient être capables de « contrôler » Hitler par la négociation… Terrible erreur criminelle qui a valu une guerre mondiale et plus de 50 millions de morts !

    Effectivement, lorsqu’il y a un déni de l’histoire, elle a une fâcheuse tendance à se répéter…

  3. Pierre Adler 30 septembre 2017 at 23:27 #

    Certes, la prolifération de l’arme nucléaire est préoccupante.

    Mais non moins préoccupants sont les faits suivants, il me semble:

    Que les Etats-Unis sont le premier Etat à avoir usé de l’arme ultime en lâchant deux bombes atomiques sur les populations civiles d’Hiroshima et de Nagasaki, au Japon, les 6 et 9 août 1945, respectivement.

    Que depuis cette action terrible et aucunement militairement nécessaire, les Etats-Unis ont fait régner la terreur nucléaire sur la totalité de la planète, et que la prolifération a commencé et a fait son chemin.

    Que ce ne sont aucunement des Etats déclarés voyous par les Etats-Unis (la notion de “rogue state”, d’Etat voyou, émane d’idéologues états-uniens sous la présidence de Ronald Reagan) qui ont commencé la dite prolifération: ce n’est pas, par exemple, la Corée du Nord qui a procuré l’arme atomique à Israël, ni à l’Angleterre, ni à la France. Ni bien sûr l’Iran, ni la Libye, et cetera. Ce sont plutôt les Etats-Unis et surtout la France qui au cours de longues années de coopération nucléaire avec Israël ont rendu possible la fabrication de l’arme nucléaire par ce pays.

    Qu’en 2002 ce sont encore une fois les Etats-Unis qui se sont distingués dans le domaine de la terreur nucléaire, lorsque George W. Bush et Donald Rumsfeld formulèrent et signèrent un rapport qui prévoyait l’utilisation de l’arme nucléaire en première frappe contre au moins les sept pays suivants: la Chine, la Russie, l’Irak, la Corée du Nord, l’Iran, la Libye et la Syrie.

    Que sous la présidence de Barack Obama, le programme nucléaire états-unien a été remis en marche.

    Que les Etats-Unis et la Corée du Nord sont toujours officiellement en guerre depuis la signature de l’armistice en 1953, car les deux pays n’ont toujours pas signé de traité de paix.

    On pourrait aussi discuter de la notion d’Etat voyou et montrer que sa caractérisation par les Etats-Unis s’applique sans difficulté à leur propre comportement au cours des seize dernières années, ainsi qu’à des Etats tels que l’Angleterre et la France.

  4. Le Médusé 6 octobre 2017 at 17:34 #

    A croire que l’académie Nobel lit la Méduse: “Un démantèlement atomique unilatéral, avertissent les stratèges, est illusoire. Il faudra bien s’y résoudre pourtant, si l’on veut éviter l’holocauste.”

    http://www.lemonde.fr/prix-nobel/article/2017/10/06/le-prix-nobel-de-la-paix-decerne-a-la-coalition-internationale-pour-l-abolition-des-armes-nucleaires_5197010_1772031.html

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