Bonnes pages – “C’est au Sénégal que Louise découvre le pouvoir et la force de la femme”


1991 – Louise, au travers de ses voyages à la découverte de nouveaux arômes, apprend également beaucoup sur la nature humaine.

PAR PAULINE DUMAIL

Elle s’est engagée pour participer au rétablissement d’un équilibre, par des actions sur le terrain, en donnant du temps et de ses compétences aux populations locales, et elle a aussi beaucoup reçu d’eux.

Si elle possède un talent inégalé pour le sourcing, elle soutient également des ONG impliquées dans des programmes de plus grande envergure pour l’accès à l’eau, à l’éducation, à la santé et à la préservation de la bio-diversité.

Elle est au Sénégal actuellement, à Toubacouta, dans le delta du Saloum, au sud de Dakar, dans la région de Kaolack. Elle est à la recherche de nouvelles essences, et participe au voyage avec une ONG, Man & Nature, qui vise à protéger la biodiversité et les conditions de vie des hommes et des femmes qui peuplent ces magnifiques territoires. Elle a rencontré Tom, le fondateur de l’ONG, à Paris, et a participé à cette aventure dès les préparatifs.

Et c’est au Sénégal qu’elle découvre le pouvoir et la force de la Femme. Capables de s’organiser en réseaux, de réunir plusieurs villages pour travailler de concert, et de mettre en place des filières qui les font vivre et protègent la bio-diversité, ces femmes travaillent par des températures dépassant les quarante degrés. Les fagots qu’elles portent sur la tête sont lourds et volumineux, et demandent une concentration optimale dans l’effort et l’équilibre. Les yeux se font fixes, les visages graves, les muscles tendus. Mais jamais elles ne se plaignent. Et lorsqu’enfin elles les déposent, c’est la joie et le sourire que l’on retrouve sur leurs visages, ainsi que… la danse, les rythmes et les chants !!

Ce soir, elle partage son repas avec certaines d’entre elles, dont Aminata, la femme aux 900 femmes, surnommée ainsi parce qu’elle coordonne le groupement de neuf cents femmes qui regroupe quatre villages. Elles ont le même âge, et c’est comme si elles se connaissaient depuis toujours. Elles sont assises sur le sol, dégustant leur repas fait de légumes aux saveurs de soleil dans un grand plat commun. Pas d’assiettes ici, un esprit communautaire qui se retrouve jusque dans la manière de partager le repas.

Louise et Aminata partent se promener toutes les deux. La teneur de leurs échanges ne sera pas dévoilée ici, car ce sont des secrets de femmes, mais le sourire qui illumine le visage d’Aminata, découvrant une large rangée de dents coquines, montre un appétit pour la plus belle et savoureuse chose qui soit, la Vie. Ses deux pommettes généreuses donnent envie de croquer ses joues, alors que son grand nez épaté se plisse en quelques ridules entre les deux yeux, pétillants de vie, d’éveil et d’intelligence. Louise est vêtue d’un boubou en coton jaune et rose qui l’habille jusqu’aux pieds, et déguste la liberté absolue de la plénitude des nus en toute intimité. A leur retour, une odeur douce et âcre à la fois vient chatouiller leurs narines.

  • qu’est-ce que c’est ? demande Louise, le nez en alerte.
  • C’est de l’écorce de bois de santang, que nous faisons brûler avec du charbon pour éloigner les moustiques.
  • C’est plutôt agréable comme répulsif anti-moustique…

Elle part demain en expédition dans la réserve de Fathala, trois jours et trois nuits au cœur de la nature. Des conditions un peu difficiles, beaucoup de marche sous une chaleur écrasante, des nuits étouffantes et un confort plus que rudimentaire. Tom bien sûr fait partie de l’expédition, avec Jean, leur guide, et Ybu spécialiste des plantes médicinales, qui leur délivre ses secrets au fur et à mesure de leurs rencontres avec la flore. Il est une encyclopédie vivante, mais au-delà de la connaissance, il entre en connexion avec les plantes. Agé d’une cinquantaine d’années, sa peau noire est éclairée. Sa large bouche, ses lèvres fermées enserrent des secrets prêts à être partagés. Ses yeux noirs profonds sondent l’âme, et les rides sur son front forment un arbre dont le tronc descend vers le troisième oeil. C’est un sage et c’est bon d’écouter ses paroles.

Cette forêt est absolument remarquable en ceci qu’elle héberge des biotopes très distincts à quelques centaines de mètres d’intervalles. Après les majestueux baobabs en lisière dans la mangrove, qui forcent respect, admiration et humilité, ils se trouvent à présent au milieu d’une forêt d’arbres au bois clair couleur de lune, pas très épais, environ quarante centimètres de diamètres, mais très hauts, avec des branches qui partent en courbes suaves dans les airs, tels de grands bonhommes dégingandés sur des échasses, et lisses, permettant un contact d’une grande douceur. Louise leur fait des câlins, les entourant de ses bras, et plaquant son visage et son corps contre leurs troncs. Elle est comme hypnotisée. Et lorsqu’Ybou prononce le nom de ces arbres, son cœur se met à battre plus vite. C’est donc ça le Santang… elle en prélève délicatement quelques écorces, avec respect, et les met dans son sac tel un trésor.

De retour au campement, Tom et Louise se mettent à l’œuvre de la distillation. Louise a ramené depuis Paris un alambic portatif d’une capacité de 30 litres. Comme elle dit en riant

« Jamais sans mon alambic »

Ils regardent les gouttes se condenser pour devenir vapeur, puis revenir liquide, chargées des molécules aromatiques de ce bois au nom mystérieux. Le temps est suspendu. Entre l’impatience de découvrir cette essence et le bonheur de l’instant présent, de ces petits grelots dans le ventre qui tintent, comme lorsqu’on vient de recevoir un paquet, qu’on sait que ce qu’il y a dedans va nous mettre en joie, et qu’on retarde exprès le moment de l’ouvrir, qu’on lui fait faire un petit tour, qu’on vaque à d’autres tâches, en le gardant dans sa ligne de mire visuelle et mentale. Qu’on laisse monter l’excitation jusqu’à son paroxysme.

Ça y est, c’est le moment de recueillir l’elixir, et d’être présentés…

Extrait de “La Vie est un Parfum, Respirez-la!” Roman de Pauline Dumail, Editions Kawa 2017.

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