Les débats de la Méduse – Affaire Légeret, les “fake news” l’emportent-elles encore sur la vérité?


“Dans  l’affaire Légeret, les ‘fake news’ l’emportent encore sur la vérité”. Telle est l’opinion du journaliste lausannois Jacques Secretan qui enquête sur la mort, en 2005, de deux  personnes, la mère adoptive de François Légeret et l’une de ses amies, ainsi que sur la disparition de la soeur de François Légeret. Accusé de trois meurtres, François Légeret a été condamné à la prison à vie.

Jacques Secretan a publié un ouvrage, “L’affaire Légeret – Un assassin imaginaire” qui remet en question la thèse de l’assassinat par François Légeret. La découverte d’un nouveau témoin pousse aujourd’hui le journaliste à demander la révision du procès.

La Méduse publie le courriel que Jacques Secretan a adressé le 4 novembre 2017 au procureur du canton de Vaud, Eric Cottier, non sans l’avertir, deux jours plus tard, qu’il a adressé des copies de son courriel à “un certain nombre de journalistes susceptibles de reprendre le flambeau”, vu qu’il s’absente momentanément de Suisse.

Monsieur le Procureur général,

Sauf erreur de ma part, François Légeret continue à être incarcéré pour un “crime impossible”, sachant que les dames qu’il est censé avoir tuées aux alentours de midi le samedi 24 décembre 2005 étaient indubitablement en vie le jour en question à 17h.

La vérité, c’est bien sûr ce que recherche la justice, comme chacune des personnes concernées de près ou de loin par une telle affaire. Tôt ou tard, les “fake news” doivent céder devant les faits, vous en conviendrez. Or ici, pour avoir rencontré chacune des cinq personnes dont je rappelle l’identité
ci-après, en tant que journaliste, j’ai obtenu confirmation qu’une erreur a forcément été commise au détriment de M. Légeret. Pour qu’elle soit notifiée et reconnue en justice, je vous suggère d’entendre chacune des personnes en mesure d’étayer le fait nouveau consistant dans l’impossibilité matérielle du scénario qui a conduit à la condamnation de cet homme, en 2008 et en 2010.

Il s’agit des personnes suivantes:

— M. Sébastien Albanesi, fils de la défunte Jacqueline Albanesi, son souvenir du récit de sa mère, le 24 décembre vers 18h-18h30 (lorsqu’il est allé la chercher en voiture pour passer le réveillon chez lui) étant étayé par le fait que Marie-José Légeret avait été son médecin, et que sa mère lui donna des nouvelles d’elle, relatant sa surprise de ne pas l’avoir reconnue sur le champ vu qu’elle avait petite mine.
— Mme Christine Dériaz, collègue de Mme Albanesi que celle-ci a remplacée à la boulangerie Spina, le vendredi 23 décembre jusqu’à 17h (terminant son travail 1heure et demie avant la fermeture du magasin), ainsi que le samedi 24 décembre jusqu’à la fermeture du magasin incluse : ainsi cette dame n’a pas pu confondre ses souvenirs du 24 à 17h avec ce qu’elle a vécu la veille à la même heure.
— Mme X (ou Mme Martin, pseudonyme qui continuera à la désigner tant que cette alerte nonagénaire gardera l’anonymat), dont vous avez en mains une déclaration écrite depuis le 23 août dernier. Cette dame y relate son souvenir d’avoir devancé Mme Ruth Légeret et une dame non identifiée qui l’accompagnait, le samedi 24 décembre 2005 vers 17h10-17h15, juste après avoir quitté la boutique de sa fille qui se situait à proximité de la boulangerie Spina.
— La fille de Mme Martin, dont vous avez également l’identité, qui corrobore les souvenirs de sa mère et explique pourquoi celle-ci a tardé à se manifester jusqu’à cette année 2017.
— Le compagnon de Mme Martin* fille, dont vous n’aurez aucune peine à avoir l’identité si d’aventure vous ne l’aviez pas déjà.

Par ailleurs, d’autres personnes pourront vous apporter des témoignages de proximité, de nature à confirmer les souvenirs des cinq personnes susmentionnées.

En vous remerciant de votre attention, je vous signale que pour ma part je ne serai pas atteignable avant le mois de décembre prochain, ce détail ne jouant aucun rôle dans la perspective des démarches de justice qui se développeront dès ces prochains jours, j’en suis convaincu, sous votre gouverne et celle des magistrats impliqués.

Jacques Secretan

Le 10 novembre 2017, le procureur Eric Cottier répond à Jacques Secretan.

Monsieur,

Vos lignes m’ont bien atteint.

J’en ai attentivement pris connaissance.

Ainsi que je l’ai fait savoir à M. Légeret le 25 août déjà en lui transmettant une copie de l’écrit de “Mme Martin”, portant la date du 27 mars 2017 (reçu par moi cinq mois plus tard) , je considère qu’il n’y a pas pour le Ministère public de motif fondant le dépôt d’une requête de révision (puisque c’est bien de cela qu’il s’agit, même si vous n’utilisez pas dans vos lignes ce terme juridique qui vous est certainement connu). J’ai en effet estimé que c’était son droit de condamné que d’être au courant de cet écrit, à supposer au demeurant qu’il n’eût pas eu connaissance de son contenu plus tôt déjà.

Le cas échéant, je développerai en procédure les fondements, à mon sens nombreux et solides, de mon appréciation, pour autant que j’en sois requis, soit si M. Légeret venait à déposer une demande de révision, ce qu’il n’a à ma connaissance pas fait à ce jour.

Vous imaginez sans peine que je ne partage pas votre point de vue sur ce qui est ou non “indubitable”, “fake news”, “erreur forcément commise” et “impossibilité matérielle”, entre autres.

Je vous laisse déterminer si vos confrères et consoeurs doivent connaître ma réponse, de sorte que je ne leur en adresse pas une copie, tout en précisant que ma position n’a évidement rien de confidentiel.

Avec mes meilleures salutations.

Eric Cottier, procureur général

Le même jour, Jacques Secretan informe Eric Cottier qu’il fait suivre copie de sa réponse, ainsi que le procureur le suggère et sans commentaire de sa part, aux journalistes susceptibles de “reprendre le flambeau” en son absence. Il précise qu’il y ajoute “un certain nombre d’autres confrères et consoeurs potentiellement intéressés eux aussi, me semble-t-il, par les développements de cette affaire Légeret qui en est sauf erreur au niveau du Tribunal Fédéral dont F. Légeret attend la réponse à sa sixième demande de révision après rejet au niveau du TC vaudois. Cette demande était notamment fondée sur les deux premiers témoins de la liste que je vous ai soumise, l’un et l’autre n’ayant jamais été entendus par un magistrat… tout comme bien évidemment les trois personnes que j’ai ajoutées à la liste entre-temps.”

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One Response to “Les débats de la Méduse – Affaire Légeret, les “fake news” l’emportent-elles encore sur la vérité?”

  1. Pierre-Henri Heizmann 17 novembre 2017 at 07:06 #

    Fake news peut-être? No news certainement….

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