La Suisse, ce luxe


Un ami qui se rend souvent en Israël m’a demandé mon avis sur l’initiative No Billag. Constatant ma réprobation, il a voulu me faire part de sa propre opinion, moins négative, et m’a donné l’exemple de la radio-télévision d’Etat israélienne, démantelée brutalement en mai de l’année dernière. A son avis, l’information de qualité n’a pas disparu, elle s’est même améliorée car les ondes ont été privatisées et l’argent est utilisé à meilleur escient.

Je lui ai répondu que c’était possible mais que l’on ne pouvait pas extrapoler. Parce que la Suisse est un Etat fédéraliste où respect des minorités et notion de rentabilité ne sont pas systématiquement compatibles. Dans ce pays alpin, l’application des préceptes de diversité implique d’accepter l’idée de payer l’information plus cher qu’ailleurs, en moyenne. Tel est le prix du fédéralisme. Tel est le prix de la Suisse.

En d’autres termes, la Suisse est un luxe. Nous ne poserons pas ici la question de savoir si ce luxe mâtiné de calme et volupté est nécessaire ou pas au coeur d’une Europe turbulente. Nous nous contenterons de nous demander s’il faudra utiliser bientôt l’imparfait. La Suisse a-t-elle encore les moyens de son particularisme à l’heure où le concept médiatique calqué sur le modèle de la péréquation a du plomb dans l’aile? Quel que soit le résultat de la votation sur la suppression des redevances – l’UDC a déjà annoncé qu’elle reviendrait à la charge en lançant une nouvelle initiative -, la SSR devra consentir de significatifs aménagements dans son fonctionnement. De mauvais augure pour le service public est la situation de l’Agence télégraphique suisse dont la rédaction fait les frais d’une restructuration drastique se traduisant par de nombreux licenciements.

Avec quelles conséquences? Evident est l’affaiblissement d’une institution dont le rôle est de maintenir l’unité du pays, vocation qui s’inscrit noir sur blanc dans les lignes directrices de l’ATS: «Le service de base a un esprit fédéraliste. En clair, l’offre est similaire dans les trois langues officielles et les tarifs sont identiques, malgré les différences de volume des marchés dans les trois régions linguistiques. Le service de base repose sur la solidarité entre petits et gros médias. De par les tarifs liés au tirage ou à la diffusion, les gros médias contribuent davantage aux coûts du service de base que les petits.»

L’ATS sera-t-elle encore longtemps en mesure d’accomplir sa mission fédératrice alors que sa charte, s’il faut en croire le site de l’ATS, est appelée a une révision «dans le courant du 1er semestre 2018»? Le doute est permis.

Christian Campiche

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5 Responses to “La Suisse, ce luxe”

  1. Heizmann 7 février 2018 at 16:36 #

    Demandons dès maintenant à nos trois puissants voisins, l’intégration immédiate de chacune des régions linguistes dans leur territoire respectif!
    Et quand aux Romanches, qu’ils parlent américains ; je suis sûr qu’ils trouveront preneur!!!

  2. Michèle Herzog 7 février 2018 at 16:41 #

    Le problème en Suisse, pays du luxe, tout est plus cher et les citoyens sont pris en otages. Si tout est plus cher, alors les prestations devraient être meilleures. Mais ce n’est pas le cas. Le journalisme d’investigation n’existe pratiquement plus.

    Quant à Billag, il faut bien admettre qu’en Suissse romande les téléspectateurs écoutent le 19.30 sur TSR1 mais ensuite à 20h ils sont très nombreux à passer sur les chaînes françaises. D’où la pub de sociétés suisses sur les chaînes françaises …

    J’ignore si cela est identique au Tessin (avec les chaînes italiennes) et en Suisse allemande (avec les chaînes allemandes).

    Quel que soit le résultat de la votation du 4 mars concernant No Billag, la SSR (ou TSR, ou RTS … à quoi ça sert de changer ces sigles ? ) devra accepter de diminuer son train de vie … Les auteurs de l’initiative No Billag ont de toute façon gagné.

  3. Donata Pugliese 7 février 2018 at 18:36 #

    Michèle Herzog: Je ne suis pas d’accord concernant le zapping romand. Les émissions de développement telles que Temps Présent, Mise au Point, 36,9, Bon à Savoir, le Doc du Lundi, Passe-moi les Jumelles, etc. sont autant de propositions fort intéressantes que l’on ne retrouve pas sur les chaînes françaises. A 19h30 je ne suis pas encore devant mon écran, mais ensuite je me laisse souvent entraîner par l’émission de première soirée, par le sujet qu’elle aborde auquel je n’aurais pas forcément pensé m’intéresser. C’est une dynamique intéressante et utile. Et j’en oublie le zapping. Mais peut-être que je ne représente pas la majorité. On verra ça le 4 mars.

  4. Gerhard Ulrich 9 février 2018 at 16:45 #

    Michèle Herzog a fait un commentaire éclairé concernant la votation de “No Billag” du 04.03.18. Je m’aligne.
    En fait, notre télévision, radio et l’ATS sont des sources de désinformation. Ils produisent des Fake News.
    Gerhard Ulrich, Morges/Suisse

  5. christiane betschen-piguet 14 février 2018 at 12:01 #

    Il y a en Suisse, sur la chaîne romande – celle que je regarde- quelques émissions très intéressantes, et d’autres parfaitement insipides, comme partout !
    L’essentiel de la question est ailleurs : il faut maintenir cet atout du fédéralisme qui permet à chaque langue nationale, quel que soit son poids, de recevoir une part équitable de programmes !

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