Afghanistan, tant de questions


J’ai lu l’article de Sima Dakkus Rassoul sur l’Afghanistan, lequel exprime profondément sa double appartenance, ses doubles racines.

PAR BERNARD WALTER

Et c’est vrai que ce pays est inscrit en sa personne, quand je la vois, mes représentations de son pays s’éveillent en moi.

L’article de Sima me touche profondément, remue des choses que je ne peux imaginer et pose des questions qui n’ont pas de réponses.

L’Afghanistan, ce pays étonnant ! Depuis toujours, il me parle d’une façon particulière, ce pays des espaces et des musiques captivantes.

Ce pays se trouve dans une zone géopolitique (le vilain concept que voilà, qui n’est autre, de nos jours, que le programme des guerres dans le monde !) très sensible, ce qui a pour conséquence que depuis plusieurs décennies il est victime de guerres terribles. Nos médias parlent peu de l’Afghanistan, ils ne semblent pas vraiment s’y intéresser. Il est vrai que son régime politique est idéologiquement indéfini et qu’il n’a pas à sa tête un dictateur emblématique contre lequel exciter les foules.

Ce pays, je ne me l’imagine pas entré dans l’ère de la modernité. Ou plutôt, il exemplifie pour moi tout ce que cette modernité porte en elle de destructeur : destruction des modes de vie traditionnels, des héritages ancestraux, d’une nature qui depuis des millénaires chante le chant immuable et en constant mouvement du sable, du ciel, des étoiles, des femmes aux voilures qui volent dans le vent et des bergers qui ne connaissent pas le temps.

Je ne peux pas ne pas penser au film turc Sürü (Le troupeau) de Yilmaz Guney, de 1979, dont le thème principal illustre cette destruction d’une société traditionnelle qui meurt sous les coups d’une société où l’argent a remplacé les anciennes valeurs.

Tout ce que la modernité a écrasé, la modernité et ses guerres sacrilèges, la modernité et ses gadgets magiques qui jour après jour ont pris la place de l’imagination, de la réflexion, de la sensibilité, sans que l’on en prenne vraiment conscience, la modernité et ses désordres que chacun ressent, des insectes aux baleines, en passant par l’homme tout puissant.

L’Afghanistan me dit tout ceci, c’est pour moi un pays emblématique. On me dit que je rêve. Bien sûr que je rêve. De ces beautés perdues, de la beauté du monde, que chacun porte en soi, d’une beauté à venir que les générations nouvelles vont construire…

Qu’est-ce que c’est, vivre dans un pays où la guerre a tué l’innocence, détruit les repères élémentaires qui fondent les structures sociales ? Causé tant de blessures insupportables et détruit tant de familles, sans qu’elles puissent comprendre les raisons d’une telle rage ? Je ne peux me le représenter.

J’ai lu le texte de Sima, attentivement. Il a de tels accents de vérité que j’ai envie de le croire. Il me laisse intrigué et perplexe : et si, malgré toutes les souffrances indicibles, ce pays portait des germes de vérité, plus grands que les mensonges de nos gens de pouvoir – politique, financier, technologique – qui empoisonnent notre vie sociale ?

Je voudrais le croire.

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One Response to “Afghanistan, tant de questions”

  1. Sima Dakkus Rassoul 22 février 2018 at 08:51 #

    Bonjour,
    Je suis profondément touchée de ton intérêt pour ce pays à qui je voudrais donner le visage d’humanité qu’il garde malgré le malheur qui détruit chaque jour ses anciens, ses femmes et ses enfants,
    En effet, le gouvernement qui paraît falot est pire qu’une dictature. Il n’a pas de projet et l’avenir immédiat avec les élections qui se profilent ne présage rien de bon.
    Les médias afghans tendent un miroir à nous, à cette part de moi qui aime la Suisse et ma ville d’ici. À travers les débats sur ce pays au coeur de l’Asie, ils nous disent réveillez-vous.
    Brecht disait en substance que celui qui se bat peut perdre, mais qui ne se bat pas a déjà perdu. Je voudrais que la connaissance des autres passe par celle de leur culture. Or, on ne sait rien du monde qu’une image stéréotypée et vide.
    L’Afghanistan dont tu rêves, Bernard, existe. Merci pour ton article. Il m’encourage à parler de mon pays natal. De lever le voile sur un pan au moins de l’ignorance qui nous habite à son sujet.

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