Le temps des météorites


L’initiative No Billag a connu le sort d’une météorite. Elle inspirait la terreur quand on l’a repérée pour la première fois, loin, très loin dans le cosmos politique. Allait-elle faire exploser le service public? Au fil des jours, on a pu déterminer sa trajectoire avec toujours plus de précision et l’espoir est remonté. Il est devenu évident qu’elle raterait son objectif. Le résultat du 4 mars a rassuré les inquiets au-delà de toute espérance. Tous les cantons l’ont refusée. Même le Tessin, où elle avait de farouches zélateurs.

Lorsque la Terre est épargnée par un objet céleste au parcours erratique, nul ne songe à crier victoire. On remercie plutôt l’ordonnateur de l’univers qui a activé le bouton « chance ». Dans le résultat de la votation du 4 mars 2018, la fatalité n’a certes joué aucun rôle. L’évitement de la météorite No Billag, les Suisses le doivent à leur bon sens fédéraliste. Ils n’ont pas voulu démanteler une entité unificatrice ni, surtout, livrer l’audiovisuel à la rapacité des prédateurs français et italiens. Mais le « non » à l’initiative No Billag n’a pas fait pour autant couler le champagne. Au contraire, le débat est loin d’être clos.

« No Billag balayée, la SSR en question », titre « Le Matin » au lendemain du vote. Comme l’ensemble de la presse, le quotidien fait allusion aux 80 millions que le groupe audiovisuel public devra économiser du fait de la réduction du montant de la redevance à compter de 2019. Le sacrifice est considérable. Les responsables de la SSR le laissent déjà entendre: une cure d’austérité et des licenciements ne pourront pas être évités. Quels secteurs, quelles régions en feront les frais? « Il n’y aura pas de tabou », répond seulement le directeur général Gilles Marchand.

Réunis lundi 5 mars à Genève, les employés de la RTS ont affiché la mine des jours Sans. Leur syndicat déclare se conditionner d’emblée à un climat de futur plan social. De fait un sondage paru le 6 mars ne rassure personne. Les Suisses ont jugé l’initiative trop extrémiste, parce qu’elle avouait vouloir la mort du service public. Par contre, ils trouvent la redevance deux fois trop chère. S’ils avaient le choix, ils ne paieraient que 200 francs. Une position schizophrénique dont les habitants de ce pays ont le secret. Et que leurs élus auront le plaisir de gérer au Parlement dans les semaines et les mois qui suivent.

Christian Campiche

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One Response to “Le temps des météorites”

  1. Jacques-Andre WIDMER 8 mars 2018 at 04:23 #

    Souhaitons que le projet extravagant de déportation de la Tour TV (GE) vers la pampa de Dorigny (VD) soit reporté aux Calendes grecques ou annulé. Il y a là une source d’économies possibles importante. Et j’en connais bien d’autres…

    D’anciens de la Maison pourraient se réunir pour aider la Direction gérérale à dégraisser le mammouth.

    Une solution fédéraliste avancée consisterait à confier une partie des programmes ludiques et divertissants (sport-spectacle et entertainment) à des sociétés privées qui diffuseraient leurs production sur les antennes de la SSR. Lesdites sociétés mandatées pour couvrir ces domaines seraient, elles aussi, soumises à des concessions.

    Les appétits voraces de sociétés de télé privées suisses seraient ainsi calmés. Elles pourraient vivre de la sorte en bonne intelligence avec la SSR. Une telle formule existe en Grande-Bretagne (hors BBC). L’inconvénient de l’atomisation des chaînes serait évité. Et la SSR serait libérée de la contrainte d’acheter des “droits de diffusion” aux mafias du sport spectacle.

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