Vie et mort des entreprises


Les entreprises naissent et meurent comme les individus.

PAR JACQUES GUYAZ

De toutes tailles, de tous les métiers, certaines sont en forte croissance, d’autres déclinent, beaucoup stagnent ou disparaissent. Il existe une véritable démographie des sociétés avec des évolutions, des changements au fil du temps. Mais ces transformations sont peu connues, peu documentées.

L’Office fédéral de la statistique (OFS) s’efforce d’agréger des données, mais l’exercice reste difficile. Les tableaux ne sont publiés qu’avec trois ans de retard. L’analyse récemment publiée porte sur les années 2013 à 2015 – et encore, tous ne sont pas disponibles aujourd’hui. La dernière publication annuelle porte sur 2015.

Dans le monde médiatique, il n’est question que des entreprises technologiques créées par de jeunes trentenaires en jeans et en pull, généralement photographiés debout et décontractés, avec en arrière-plan une machine à café ou un baby-foot. On les appelle souvent des start-up, terme absurde s’il en est puisqu’il désigne simplement des entreprises à la croissance très rapide, c’est-à-dire une évolution spécialement favorable réservée à une minorité d’entre elles.

Or,  les statistiques de l’OFS ne signalent pas une augmentation significative du nombre de sociétés technologiques, peut-être en raison d’un découpage par branche peu satisfaisant; mais les secteurs «information et communication» et «activités spécialisées et scientifiques», qui regroupent sans doute l’essentiel de ces entreprises, n’ont pas un comportement différent de celui des autres domaines de l’économie.

En fait les deux branches qui croissent de la manière la plus régulière en termes de nombre d’entreprises dans les trois années sous revue sont les transports et la restauration, activités parmi les plus traditionnelles et omniprésentes dans toutes les sociétés humaines! On peut noter l’expansion régulière de la création d’entreprises de 2 à 9 employés et la dynamique de la démographie d’entreprises de la région lémanique, passant devant Zurich en 2015.

On peut imaginer que cette augmentation des petites entreprises est due à un changement culturel dans la société. Autrefois beaucoup de jeunes rêvaient d’entrer chez Nestlé ou à UBS. Aujourd’hui, ils veulent créer leur boîte, quitte à devenir ensuite salariés si cela ne fonctionne pas. Il serait aussi intéressant de disposer de données sur le genre des entrepreneurs. Beaucoup de micro-entreprises sont créées par des femmes.

Il existe également une statistique des entreprises à forte croissance, celles dont le nombre d’emplois offerts augmente de 10% par an pendant une période de trois ans. Elles représentent pas moins de 7,7% des sociétés suisses. Le secteur «information et communication» se trouve nettement en tête mais, en deuxième position, on trouve les activités immobilières, branche beaucoup plus traditionnelle. Si l’on examine toutes les entreprises suisses, et pas seulement celles en forte croissance, la création d’emplois la plus importante se fait dans les branches de la restauration et des transports.

Il suffit de parcourir nos villes pour observer à la fois le développement effréné de bars, de bistrots et d’établissements publics qui se veulent tous plus originaux les uns que les autres et… leur évaporation souvent tout aussi rapide. La statistique des fermetures d’entreprises fait surtout apparaître le nombre très élevé de disparitions parmi les activités scientifiques, loin, très loin devant les celles des commerces que tout promeneur peut constater de visu dans nos cités. Il est probable  que d’innombrables sociétés technologiques disparaissent alors que peu d’entre elles réussissent. Par ailleurs, 2017 marque un nouveau record dans le nombre de faillites.

Ces statistiques sont aussi passionnantes que difficiles à interpréter et il faut espérer que l’OFS soit en mesure d’apporter des précisions supplémentaires au fil des ans. De toute manière, la destruction massive des entreprises dans les secteurs de pointe est aussi ancienne que le capitalisme, voir les chemins de fer au 19e siècle. Et il y a probablement autant de faillites au sud de San Francisco qu’au bord du Léman. Mais il est vrai que nous n’avons pas chez nous – pour l’instant – de Mark Zuckerberg ou de Jeff Bezos et, tous comptes faits, nous ne le souhaitons pas vraiment.

Domaine Public

Printemps. Photo Laurette Heim, 2018

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