L’histoire d’Alain, le poète migrant qui essaie de réécrire sa vie à Lausanne

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Derrière la porte du refuge de la chapelle Mon-Gré, au boulevard de Grancy à Lausanne, il y a tout un monde.

PAR JESSICA CAVALLERO

Tu découvres une communauté faite d’histoires, de souffrances, de force, d’amitiés, de partages, de sourires tel que ceux des hôtes et des jeunes du Collectif R. Ce sont eux qui aident dix requérants d’asile, neuf hommes et une femme, sous le coup d’un renvoi Dublin. Selon cet accord, ils devraient retourner vers le premier pays européen qu’ils ont traversé. Ils viennent de Guinée-Bissau, d’Iran, d’Afghanistan, d’Erythrée.

Parmi eux il y a Alain, 44 ans. Il est originaire du Congo, où il exerçait la profession de journaliste pour la télévision de l’opposition. Il a quitté son pays à la suite de persécutions et de violences subies en raison de son activité professionnelle.

Craignant pour sa vie, il a réussi à fuir et il est arrivé en Finlande, à Pudasjärvi, une ville au nord du pays, dans la région d’Ostrobotnie. Il s’est rendu dans un commissariat de police pour demander de l’aide. Il a été amené dans un camp de réfugiés à Oulu, localité située à 90 kilomètres de Pudasjärvi. Il y est resté quatre mois avant d’être renvoyé à Valencia, en Espagne. «La police espagnole, explique-t-il, avait en effet trace d’un visa à mon nom utilisé quelques mois plus tôt lors d’une visite que j’avais faite avec une délégation du Congo. Les autorités ont considéré l’Espagne comme le premier pays traversé. En vertu des accords de Dublin, c’est là que j’ai abouti».

Arrivé en Espagne, ce sont misère économique et rejet de la part des autorités qu’il a rencontrés.

«Au Congo, raconte-t-il, j’ai été l’objet de menaces de mort après une enquête  journalistique sur les troubles sociaux liés à l’exploitation du coltan à l’est du pays. En arrivant en Espagne, j’ai eu des problèmes de santé. Après une année et neuf mois de séjour, j’ai réalisé que je ne pouvais pas rester car nous n’avions pas accès aux soins médicaux. J’ai a donc repris la route, jusqu’en Suisse».

En lui demeurent différents aspects de son âme: l’homme, le migrant, le journaliste ou encore le poète.

Alain a dédié des vers à Gabriel Pittet, l’abbé qui l’a accueilli avec les autres requérants. «Il est d’une humanité qui semble en voie de disparition en ces temps où tout se déprécie à une vitesse surprenante. La vie ne semble plus préoccuper les hommes qui font preuve d’indifférence notoire». Ces mots, Alain les a écrits pour oublier la souffrance et pour se rappeler que la vie peut être douce. En témoigne également un texte dédié à Lausanne: «J’apprécie le plaisir qu’offre la vie dans la simplicité d’être sur la terre des hommes (…). Ainsi, dans cette ville où j’essaie de réécrire ma vie, je laisse libre cours à l’inspiration. J’essaie de faire en sorte que celle-ci soit fécondée comme bon lui semble dans la transcription fidèle des influences dont elle ne cesse de se couvrir».

Photo Jessica Cavallero: un des requérants d’asile devant l’entrée du refuge du Mont-Gré avec une jeune du Collectif R.

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2 Responses to “L’histoire d’Alain, le poète migrant qui essaie de réécrire sa vie à Lausanne”

  1. Le Lémanique 24 mai 2016 at 10:51 #

    Bravo Jessica pour ce portrait plein de sensibilité et bien ressenti. Continues ce travail.

  2. Jessica Cavallero
    Jessica Cavallero 24 mai 2016 at 21:47 #

    Merci J

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