Violences et vieillards


«La violence, physique ou verbale existe dans les EMS». C’est ce qu’annonce le journal d’information du soir de la TSR du 13 mars 2017.

PAR BERNARD WALTER

Et de préciser que les victimes sont non seulement des résidents, mais aussi le personnel soignant. Une étude publiée en Suisse allemande en 2012 a révélé que «plus de 80% des soignants ont vécu de la violence dans l’année qui a précédé».

Et tout cela a pour conséquence qu’une enquête a été soumise aux professionnels de 36 EMS vaudois. «Les résultats sont attendus pour cet automne. Ils permettront de qualifier les violences et d’envisager d’éventuelles mesures de formation.»

Cette enquête semble avoir pour but d’améliorer la formation du personnel, mais en même temps de «qualifier les violences», ce qui ne touche alors plus le domaine de la formation, mais celui des soins.

«Alerté par cette réalité de violences en EMS, un médecin a tiré la sonnette d’alarme il y a deux ans», dit la journaliste qui a mené l’enquête pour l’émission.

Ce médecin, c’est le Dr Philippe Vuillemin, député du PLR au Grand-Conseil. L’idéal, selon lui, c’est d’avoir un bâtiment où l’on puisse «individualiser les différentes pathologies, les prendre en charge comme elles le doivent». Mais: en quoi peut consister cette prise en charge, si ce n’est par un isolement et des traitements au moyens de substances chimiques? Avec comme corollaire, des effets secondaires, auxquels on va devoir remédier par l’administration d’encore plus de traitements chimiques.

Les EMS deviendraient donc un lieu chargé d’une potentielle menace terroriste?

Quand on voit les images de l’émission, cet alarmisme a quelque chose de surréaliste. A voir ces vieilles personnes sans défense, comment imaginer les soignants devenir des victimes? Et si d’aventure il se trouve quelques résidents plus vaillants et quelque peu agressifs, il semble suffisant de ne pas exposer les demoiselles les plus frêles à leurs sautes d’humeur. Quant aux agressions verbales, le personnel soignant est placé pour savoir qu’elles restent en certaines circonstances le seul moyen pour ces personnes âgées d’exprimer leurs peurs, leurs angoisses, leurs frustrations, leur sentiment de solitude, leur sentiment de ne pas être entendues.

Le rapport de force est à sens unique. L’institution a à sa disposition tous les outils nécessaires, les médecins, les directions, les Autorités, pour répondre à ce qui pourrait troubler la tranquillité du lieu. En face, il n’y a qu’une pauvre personne qui n’est même plus chez elle et qui n’a pas de moyen de faire appel à de l’aide extérieure en cas d’urgence.

Le Dr Vuillemin a adressé un postulat au Grand Conseil daté de janvier 2016: «Pour une meilleure protection du personnel soignant en EMS». Il y est en fait surtout question de la protection du personnel face aux visiteurs des résidents, essentiellement des membres de leur famille. Mais ceci est un problème différent, il est avant tout du ressort de la direction de l’établissement, laquelle a toute latitude pour intervenir par une convocation de la personne qui a dépassé les limites de la courtoisie, puis, s’il le faut, par une lettre explicative avec copie au Département. Il serait alors fort étonnant que ce genre de problème ne se résolve pas rapidement.

Je suis en lien proche avec une aide-soignante qui a travaillé en EMS, au département de psychogériatrie de l’hôpital psychiatrique, puis au CMS vaudois (soins à domicile). En dix-sept années, elle n’a que très rarement eu des difficultés liées à un patient brutal, et encore, il faut dire que c’était en hôpital psychiatrique, là où précisément les patients se trouvent parce qu’ils sont en perte de maîtrise.

La conclusion de ce postulat du Dr Vuillemin porte à réflexion: Il faut «que l’on comprenne que l’ère de la domesticité est révolue, y compris dans le monde des soins». Si seulement cela pouvait être une réalité de notre monde! Mais hélas on en est bien loin. Et si parfois certains résidents ont leurs petits caprices, comment leur en vouloir? Comment ne pas voir que le plus souvent c’est une espèce d’appel à l’aide et à se sentir pour un petit moment les centres du monde?

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4 Responses to “Violences et vieillards”

  1. brigitte 28 mars 2017 at 05:23 #

    A la question initiale du titre on ne peut que donner une réponse affirmative ! la violence a toujours existé et ce surtout en milieu psychiatrique ou l’élève avait pour mission de ne jamais tourner le dos à un patient sous risque de se retrouver lui même ceinturé On dit que la vie n’est qu’un long apprentissage et la violence est presque devenue un art de vivre surtout de nos jours car nombre de retraités ont vécu dans des immeubles ou faute de liens sociaux ils ont appris à refouler la maltraitance psychologique celle là même qui n’est entendue par personne et ce sont les soignants en EMS qui auront à supporter des montées d’adrénaline car la solitude morale qui existait déjà quand la personne âgée vivait encore avec les siens et ce jusqu’à la construction des premiers locatifs en suisse ne prépare pas à la proximité ,au contraire beaucoup redoutent celle ci
    Et peut-être aussi que la phrase ignoble ,les Vieux coutent trop cher en Suisse a peut-être fait son chemin et certains âgés contrattaquent par une forme d’agressivité qui sait !

  2. Sima Dakkus Rassoul
    Sima Dakkus Rassoul 4 avril 2017 at 10:45 #

    Bonjour,

    J’aime cet article qui pose une question importante.

    La violence et ses images sont au centre de notre système de vie, fait de pression et de dysfonctionnement de toutes sortes. Evidemment générateurs de violence.

    Comment les enfants, les personnes fragiles et les personnes âgées peuvent-ils échapper dans un tel environnement.

    On pose un pansement sur les effets de la violence sans l’analyser globalement. On parle de l’évacuer souvent par des moyens juridiques ou punitifs.

    Est-on crédible lorsqu’on condamne la violence et qu’on la voit proliférer psychologiquement et physiquement de manière constante et au vu et au su de tous?

    A-t-on la volonté de réfléchir à ce dont la violence est un symptôme? Une vie humaine énergétiquement polluée.

    Bonne journée.

  3. Bernard Walter 8 avril 2017 at 09:42 #

    @Sima Dakkus Rassoul Merci Madame pour votre excellent commentaire qui pose la question cruciale de la violence à partir de la source du problème, en en montrant bien la nature et en suscitant une réflexion de fond.

  4. Sima Dakkus Rassoul
    Sima Dakkus Rassoul 8 avril 2017 at 16:05 #

    Merci à vous. J’apprécie particulièrement les angles d’attaque de vos articles et leur sensibilité

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