Egypte, contrer la contre-révolution


Le nouvel appel à une “manifestation du million” a inquiété les autorités vendredi 8 avril, après le succès de la semaine précédente. Signe de la tension ambiante, un hélicoptère de l’armée a surveillé pendant plusieurs heures la place Tahrir dès la fin de matinée, après la traditionnelle prière du vendredi. Le dernier survol remontait à début février. Dans l’ensemble du pays, le nombre de manifestants aurait atteint les 500 000 personnes.

La veille, les révolutionnaires ont obtenu une nouvelle avancée avec l’incarcération de Zakareya Azmi, le chef du cabinet présidentiel sous Moubarak. Il doit rester 15 jours sous les barreaux, le temps que la justice comprenne comment il a pu accumuler autant de biens immobiliers avec son seul traitement. D’autres arrestations suivront, dont celle de Safwat El Sherif, personnage perçu comme l’un des plus répugnants de l’ancien régime, président de la chambre basse du parlement et ex-ministre de l’information. Fathi Sourour, pendant  20 ans président de l’Assemblée du peuple (chambre haute), devrait aussi être inquiété. Mais auparavant, les juges auront interrogé Gamal Moubarak sur l’origine de sa richesse.

Mais ce que les manifestants voulaient surtout, c’est le jugement de Moubarak. Ces derniers jours les  vendeurs de rue proposent même des cordes de potence miniature. Vendredi sur la place Tahrir  s’est tenue la deuxième phase de son procès fictif présidé par un magistrat de la Cour de cassation. Un appel à une marche vers Sharm El Cheikh, à 500 km du Caire, où réside le président déchu, à même été lancé.

Autre demande sur la place Tahrir  : le départ du maréchal Tantawi, ministre de la défense durant 20 ans sous Moubarak, et aux commandes du pays depuis le 11 février. Sans revenir sur la dégradation de l’image de l’armée ces dernières semaines avec l’obscénité des tests de virginité sur les jeunes manifestantes, Tantawi est considéré comme le principal responsable de la lenteur du changement en Égypte. Pour illustrer la division qui touche maintenant les rangs militaires, des officiers en uniforme sont montés sur l’estrade installée place Tahrir. Ils s’estiment manipulés par l’ancien régime et refusent de trahir les idéaux de la révolution.

En fin d’après-midi, les frappes sur la bande de Gaza quelques heures auparavant ont déchaîné le mécontentement et plusieurs centaines de manifestants ont pris la direction de l’ambassade d’Israël, située au dernier étage d’un imposant immeuble du quartier de Guizeh. Les occupants des étages inférieurs agitaient des drapeaux palestiniens en signe de soutien à la foule dans la rue.

La réaction de l’armée à la colère exprimée par la population aura été de tirer dans la nuit – à balles réelles selon certains – sur les manifestants dont plusieurs seraient grièvement blessés. Immédiatement après, des véhicules ont été incendiés. Au petit matin de samedi, la place Tahrir était encore occupée.

Alors comme l’affirme sur Twitter un activiste, la façon dont l’armée dirige le pays actuellement, prise entre ses liens avec l’ancien régime et sa promesse de réaliser les idéaux de la révolution, ressemble bel et bien à “un sévère cas de constipation”.

Article paru dans “Tremblements d’Egypte

 

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