L’université ou le savoir au masculin


Dans le milieu universitaire, une étude démontre que plus on monte dans la hiérarchie des postes, moins les femmes sont nombreuses. En cause, un «plafond de verre» qui semble toujours d’actualité.

PAR CHLOE FALCY

L’université, ou alma mater, est bien connue pour son rôle de mère nourricière d’esprits brillants et engagés. Mais le féminin du nom n’en fait pas nécessairement un antre du féminisme. Selon une étude menée en 2013 par l’Office fédéral de la statistique auprès des universités suisses, le taux de femmes baisse drastiquement à l’aune de la hiérarchie des postes, toutes disciplines confondues. Si les sciences humaines tirent leur épingle du jeu, avec 30% des effectifs occupés par des femmes, les sciences dites «exactes» ou «dures» présentent un taux professoral féminin de seulement 12%. Entre les deux, on retrouve le droit, les sciences économiques, et la médecine, avec des pourcentages respectifs de 25%, 15%, et 15%. Bien qu’ils diffèrent selon les départements d’études, ces chiffres révèlent une inégalité persistante dans la répartition des postes à responsabilité.

Alors, à qui, ou à quoi la faute d’un tel écart? Anne Bielman Sanchez, professeure ordinaire et présidente de la section d’archéologie et des sciences de l’Antiquité à l’Université de Lausanne, explique le taux professoral des sciences humaines en ces termes: «Je pense que la raison principale derrière ce pourcentage certes plus élevé que dans les autres facultés, mais somme toute relativement faible, c’est le plafond de verre, ce qu’on ne voit pas mais qui empêche toutefois certains groupes de personnes d’accéder aux postes hiérarchiques les plus élevés». Néanmoins, l’échelle de ce «plafond» varie par branche d’études, modifiant ainsi le point critique de l’ascension académique. Selon le Pr. Bielman, «ce plafond ne se place pas au même niveau selon les facultés ou les domaines d’études, mais il existe partout. En Lettres, il se place davantage après la thèse qu’en médecine ou en sciences exactes, où il serait peut-être plutôt avant le doctorat».

L’Université de Lausanne comme exemple du «plafond de verre»

A la Faculté des lettres de Lausanne, on retrouve le taux d’environ 30% dans la quasi-totalité des sections, où les postes à responsabilité et à durée indéterminée de professeur associé et ordinaire, ainsi que de maître d’enseignement et de recherche, sont occupés en grande majorité par des hommes. La proportion la plus élevée de femmes dans le corps professoral concerne les postes de maître-assistant-es, qui sont, pour leur part, limités à quatre ans. Dans cette catégorie, les femmes constituent la majorité des effectifs, soit plus de la moitié du personnel.

Le nombre sans cesse plus élevé de maîtres-assistantes indique peut-être que la tendance est en train de s’inverser. En effet, l’étude «Femmes et hommes dans les hautes écoles suisses», relève qu’au sein des universités, «la représentation féminine a augmenté de deux tiers depuis 2002». Pourtant, Anne Bielman reste prudente: «Il y a une nette amélioration, mais qu’il conviendra de suivre: le plafond a peut-être seulement monté d’un cran. Peut-être qu’il se situe maintenant après le maître-assistanat, et non plus après la thèse».

«Plafond de verre», un terme pour en cacher d’autres?

Le «plafond de verre» représente la métaphore parfaite pour désigner cette pression invisible qui se cache encore dans nombre de filières professionnelles. Pourtant, au-delà de l’expression, il y a la réalité fuyante d’un phénomène extrêmement complexe. Notre société est-elle toujours sexiste au point d’encourager les femmes à rester en bas de l’échelle? Cette explication simpliste ne saurait expliquer cet écart. Selon l’enquête de 2011 intitulée «De la haute école à la vie active», il ressort que le sexe est l’une des dernières raisons invoquées pour justifier d’éventuelles difficultés des diplômé-es à s’insérer dans la vie professionnelle, bien moins grande, en proportion, que l’expérience professionnelle insuffisante, les débouchés relatifs à la branche, la filière d’études choisie, la conjoncture économique actuelle ou même l’âge.

D’aucun invoqueront le facteur «maternité», l’une des raisons principales du temps partiel chez les femmes. Cependant, une étude menée de pair avec celle citée précédemment, «Les personnes diplômées des hautes écoles sur le marché du travail», concluait que «le fait d’avoir un enfant a une influence sur le taux de travail pour [les personnes des deux sexes]», même si «l’influence est cependant nettement plus marquée chez les femmes». Cette réponse, certes plus fondée que la précédente, reste donc partielle. Avec l’attention sans cesse plus marquée sur le congé maternité et paternité, ainsi que l’accueil de jour, les structures tendent à s’adapter à une époque où de plus en plus de femmes accèdent au monde professionnel.

La parité semble loin d’être une question réglée au tournant du vingt-et-unième siècle, et la marge de progrès énorme dans un pays où, jusqu’en 1982, les filles devaient avoir de meilleures notes que les garçons pour accéder à la voie pré-gymnasiale, tandis que leurs mères avaient encore besoin de l’autorisation de leurs maris pour accepter un emploi. Toutefois, à l’heure où le taux d’occupation des hommes diminue – 91.1% en 1991 à 88.6% en 2013 – et que celui des femmes augmente – 68.2% en 1991 à 78 % en 2013 – un semblant d’égalité, même bancale, semble se rapprocher de plus en plus. Quoiqu’à pas timides.

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