Il n’y a pas de bulle immobilière en Suisse, pays où le taux de propriétaires est le plus bas d’Europe


Bulle immobilière! UBS, CS et BNS n’ont cessé de répéter que la Suisse souffrait de bulle immobilière.

PAR LILIANE HELD-KHAWAM

Cette assertion a abouti en juin 2012 à une restriction édictée par le Conseil Fédéral à l’accès à la LPP lors de l’achat d’une résidence principale. Une part minimale de 10% de la valeur du bien devrait être fournie dorénavant autrement que par la LPP. Or, il est rare que des foyers arrivent à épargner autant en dehors de la LPP dont – rappelons-le! – une des finalités est précisément l’épargne pour l’achat d’une résidence principale…

L’affirmation répétée de l’existence d’une bulle immobilière était étonnante pour un si petit pays avec un terrain limité. Par ailleurs, la banque centrale qui s’évertue à multiplier la taille du bilan sans aucune réalité tangible n’arrive pas à sortir le pays de la déflation. Alors?

Les chiffres démontrent que cette assertion est pour le moins discutable!

Sur un graphique qui prend l’année 1975 comme point de départ, on constate que la moyenne globale présente une flambée de l’immobilier. Pas la Suisse! La progression reste modérée après avoir connu une période de creux malgré la politique d’affaiblissement intensive du franc suisse par la BNS.

La création monétaire des banques commerciales est certainement pour beaucoup dans la flambée des prix de l’immobilier! La Suisse, en revanche, est loin du scénario de bulle immobilière.

Plus grave est que la décision du Conseil fédéral a pénalisé l’accès à la propriété par de jeunes couples qui n’ont pas 10% de la valeur d’un bien sous forme de cash. Or, cette stratégie des autorités monétaires et financières pénalise directement ce que prévoit l’art108 de la Constitution au sujet de l’Encouragement de la construction de logements et de l’accession à la propriété.

Celui-ci stipule bien dans son alinéa 1: “La Confédération encourage la construction de logements ainsi que l’acquisition d’appartements et de maisons familiales destinés à l’usage personnel de particuliers”.

D’autres chiffres montrent une régression du taux de propriétaires vivant dans leur résidence.

Le taux de logements en propriété est relativement bas en Suisse en comparaison internationale. Il était le plus bas en 2008 d’Europe avec un taux de 39%. Ce taux tombe même à 37,5%, de l’aveu même du site de la Confédération...

De fait, cette ordonnance qui limite l’accès à la caisse de prévoyance dans le cadre de l’accès à la propriété a eu plusieurs effets que l’on ne peut réfuter:

  1. Une partie des citoyens ne peut plus disposer librement de sa caisse de prévoyance dans une finalité prévue lors de la mise en place du mécanisme.
  2. On restreint l’accès  à la propriété privée prévue par la Constitution en bloquant l’accès à sa propre épargne.
  3. On élimine une partie des acheteurs potentiels de biens immobiliers. Ce faisant, on réduit la concurrence.
  4. La concurrence réduite, les prix vont fortement baisser laissant un terrain encore plus avantageux aux fonds d’investissements qui financent le bétonnage de la Suisse.
  5. La demande continue de croître puisque la Suisse a augmenté sa population de plus de 10% en 10 ans. Ce qui est énorme du point de vue démographique.
  6. Pour finir, les prix ne baissent pas tant que ça mais la qualité de l’immobilier financé par des financiers a baissé.
  7. Les prix des biens de qualité dans des régions prisées flambent…
  8. Si on cumule avec la crise financière que connaissent les agriculteurs, les hangars et autres grandes surfaces remplacent les vaches. La société consumériste a largement gagné sur ce terrain…

Les questions sont nombreuses à ce stade quant à la finalité de la stratégie économico-financière du Conseil fédéral:

  1. A-t-on cherché à empêcher les gens «désécurisés» par la politique monétaire du pays à investir dans la pierre?
  2. Remet-on en question le droit à la propriété privée?
  3. Pénalise-t-on volontairement la classe moyenne?
  4. La politique financière de la BNS gourmande en fonds de citoyens suisses a-t-elle mobilisé l’épargne des caisses de pension? N’a-t-elle pas besoin ce ces fonds pour sa politique d’affaiblissement du franc face à l’euro?
  5. Les banques commerciales peuvent-elles encore se permettre de voir des caisses de pension répondre à leurs obligations? Auraient-elles besoin de ces fonds dans leur quête de conquête  de la planète?

Dans tous les cas, on ne constate aucune bulle immobilière concernant les ménages privés. La seule spéculation possible serait celle des fonds d’investissement sur les locatifs et les biens de luxe. Mais pour ces gens, Mme Widmer-Schlumpf n’a prévu aucune restriction…

Article complet sur le blog de Liliane Held-Khawam.

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