Le pont d’Hollywood par-dessus le «Röstigraben»


Sous le succès des films américains, la réalité du clivage linguistique.

PAR JACQUES GUYAZ

Le constat des statistiques de fréquentation des salles de cinéma en Suisse est le même chaque année: en 2016, les 10 premières places sont squattées par les films de super héros et par les dessins animés concoctés pour les adolescents par les scénaristes et les experts en effets spéciaux de la côte californienne. C’est le cas de huit titres sur dix en Suisse alémanique et de sept en Suisse romande. Ce sont d’ailleurs les mêmes.

Ce quartier de Los Angeles du nom de Hollywood a ainsi acquis le pouvoir de définir l’univers mental et visuel de la jeunesse de la planète. Il a du coup créé une véritable coupure d’avec le monde des adultes, qui n’existait pas voici cinquante ans lorsque les grands films étaient vus par tous les publics.

Mais revenons à la Suisse. L’intérêt de cette liste de films réside bien sûr dans les autres œuvres, celles qui ne nous viennent pas des usines de Los Angeles. Mettons de côté une espèce d’ovni, un film hollywoodien d’aventure comme on n’en fait plus, tous publics, grand acteur, grands paysages, histoire féroce: The Revenant arrive deuxième en Suisse alémanique et sixième en Suisse romande.

Chez nos compatriotes alémaniques, la production en tête, devant les Américains, est une nouvelle version de Heidi, un film produit en Allemagne sous le parapluie de Disney, mais bien sûr profondément connecté à l’identité helvétique d’Outre-Sarine. Dans les salles des cantons romands, Heidi occupe une honorable 14e place, rien de commun à la déferlante qu’a connu ce film de l’autre côté de la frontière linguistique.

Le classement de Suisse romande fait apparaître deux grandes différences avec le reste de la Suisse, grâce à la présence de deux films francophones parmi les dix premiers. Tout d’abord Demain un documentaire français qui propose des solutions pour réinventer l’agriculture, la vie, l’économie à travers des illustrations concrètes face aux défis posés par le changement climatique et les crises économiques (DP 2111). Ce film, numéro 3 de l’année chez les Romands avec 104’000 entrées, n’a attiré que 41’000 spectateurs chez les Alémaniques. La différence est encore plus spectaculaire avec Ma vie de Courgette. Le film d’animation de Claude Barras, en quatrième position en Suisse romande avec 97’000 spectateurs, film suisse ayant réalisé en 2016 le plus d’entrées dans notre pays, toutes régions confondues, grâce à son succès en terre francophone, n’a attiré que… 4’000 spectateurs Outre-Sarine.

Ces chiffres n’ont rien de surprenant. Le fossé médiatique et culturel entre les régions linguistiques demeure une réalité, surtout dans les médias audiovisuels. Les Journées de Soleure et le Festival de Locarno donnent une image d’unité qui touche les professionnels du cinéma. Mais le public, lui, vit dans des univers très différents selon qu’il habite à Zurich ou à Genève.

On peut le déplorer, mais plus que jamais, c’est Hollywood qui réunit les amateurs de cinéma en Suisse.

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