Comment des femmes endeuillées par le conflit entre Israël et Palestine dépassent leur douleur par le dialogue


C’est toute l’illustration d’un conflit qui n’en finit pas et qui est vieux d’un siècle désormais.

PAR EDGAR BLOCH

Mardi soir, deux femmes, unies par «la douleur et la force», dialoguent paisiblement et en public en Suisse. L’une, israélienne, est venue parler simplement à l’aula d’Uni-Mail à Genève, l’autre, palestinienne, étaient présente virtuellement, de chez elle à Bethléem, empêchée de sortir des territoires palestiniens par décision des autorités israéliennes. Grâce à la technologie et Skype, Marian Saadeh, qui a perdu sa sœur Christine, en 2003, tuée lors d’un engagement militaire israélien, a pu débattre en toute liberté avec son interlocutrice Miri Ben Rafael devant un large parterre. Cette dernière a vu son frère, alors sous l’uniforme de Tsahal tomber en 1973, sur le plateau du Golan, lors de la guerre de Kippour en 1973.

La douleur a été leur moteur, les entraînant toutes deux, à s’engager pour rejoindre le Cercle des familles endeuillées qui regroupe 300 familles palestiniennes et autant d’israéliennes. Marian, un mois après la perte de sa jeune sœur, Miri plus récemment en 2014, lors de la guerre entre Israël et Gaza. «Malgré l’échec des politiciens, je n’ai jamais songé à changer de cap : je crois que les gens eux-mêmes peuvent trouver un moyen d’arriver à une victoire qui engloberait la coexistence, l’équité, l’égalité et la justice pour que tout le monde vive dans l’espoir et la paix», relate Marian.

«Entendre l’autre ce n’est plus l’ennemi, mais une personne humaine», rétorque Miri, proche aussi du mouvement de masse «Women Wage Peace», qui regroupe des milliers de femmes israéliennes et palestiniennes, unies dans de grandes marches pour la paix en Israël et dans les territoires palestiniens. Marian et Miri parlent aux enfants de leurs expériences et leur dialogue dans les écoles. Le Cercle des familles endeuillées organise même une «journée du souvenir» commune, en mémoire des victimes du conflit, qu’elles soient israéliennes ou palestiniennes. Soutenues par leurs proches, les deux se confrontent aussi à l’hostilité de leurs communautés respectives. «Je subis de fortes critiques de la part de Palestiniens», constate Marian. «Beaucoup d’entre nous ont reçu des menaces. En Israël, on est plus contre nous que pour nous », observe Miri.

C’est la Fondation Surgir qui lutte surtout pour les femmes et les fillettes victimes de violence, mais aussi pour les femmes qui militent pour la paix, qui a mis sur pied la soirée. Sandrine Salerno, vice-présidente du Conseil administratif de Genève avait ouvert celle-ci en disant «avoir la conviction que la paix n’arrivera que si elle est poussée par le bas». Tant Marian que Miri ont convaincu l’important public d’Uni Dufour: elles en sont partie prenante!

 

De g. à dr. Marian Saadeh, via Skype, Miri Ben Rafael et Laurence Bézaguet, modératrice de la Tribune de Genève. Photo E.B.

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4 Responses to “Comment des femmes endeuillées par le conflit entre Israël et Palestine dépassent leur douleur par le dialogue”

  1. Emilie Salamin-Amar 11 février 2018 at 14:02 #

    Combien de morts inutiles faudra-t-il encore avant que le désir de paix pousse enfin les israéliens et les palestiniens à sortir dans la rue afin de manifester leur envie de vivre côte à côte pacifiquement? Voilà soixante-dix ans que leur avenir est hypothèqué, est-ce bien raisonnable alors que l’on sait pertinemment qu’il n’y a pas d’autre solution que la création de deux États. Quelle perte de temps! J’aime à croire que j’aurai le privilège de vivre ce moment de réconciliation entre ces deux peuples. Merci, à vous, Edgar Bloch, pour cette note d’optimisme portée à la connaissance de tous par le biais de La Méduse. Il est fortement regrettable que de telles actions ne soient pas largement médiatisées.

  2. Bernard Walter 11 février 2018 at 16:16 #

    Tout ce qui va dans le sens d’une vraie paix dans le monde est à soutenir.
    En l’occurrence, j’ai pourtant de la peine à adhérer à cette démarche, en tout cas telle qu’elle est présentée ici.
    Je ne porte aucun jugement sur l’action de ces deux femmes. Mais il y a une propagande constante qui veut faire croire que le “conflit israélo-palestinien” est un  conflit  entre deux parties égales en droit qui se font face. Alors que le sens élémentaire de la justice dit depuis longtemps à quel point ce « conflit » est asymétrique.
    L’exemple de ces deux femmes le montre bien, une fois de plus.
    La première différence entre ces deux femmes, c’est que l’une, l’Israélienne, peut aller à Genève et que l’autre, la Palestinienne, est prisonnière des Israéliens.
    La deuxième différence, c’est que la sœur de la Palestinienne est morte sous le feu de l’armée israélienne, alors que le frère de l’Israélienne est mort en faisant la guerre comme soldat de cette même armée qui a tué la Palestinienne.

  3. Emilie Salamin-Amar 11 février 2018 at 18:27 #

    Je n’ai pas été informée personnellement dans quelles circonstances ces deux victimes ont perdu la vie. Ce qui importe, en l’occurrence, c’est qu’elles ont fait le choix de dépasser leur haine et de se parler. À mon avis, c’est déjà un grand pas. Et peu importe si l’une est sur la Lune et l’autre sur Mars… Ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est qu’elles ont su dépasser leur souffrance et se rendre compte que leur peine était identique. Ce sont ces petites tentatives, faites à titre individuelles qui feront avancer la paix dans les têtes et dans les cœurs. Le reste… ce n’est rien d’autre que de la politique et du commerce d’armes. Et j’ajouterai tout de même ceci, Israël et la Palestine sont des enfants de l’ONU et il me semble que c’est à cet organisme bidon, ce grand machin, comme disait De Gaule, qu’il faudrait demander des comptes, ainsi qu’aux anciens colonisateurs de la région, à savoir, les Turcs, les Anglais et les Francais, pour ne citer que les principaux acteurs. Tout le Proche-Orient est à feu et à sang… et comme par hasard il s’agit une fois de plus d’anciennes colonies, idem en Afrique. Alors réjouissons-nous pour ces deux femmes qui font preuve d’intelligence. La haine et la vengeance ne servent à rien. Ce qui importe, c’est cette étincelle d’humanité qui a germée dans leurs cœurs.

  4. Laurette Heim
    Laurette Heim 11 février 2018 at 18:40 #

    Je suis d’accord Bernard, mais/et, pour ces femmes, il s’agit de (témoigner de ) la même souffrance au final…

    Voir aussi le livre de Laurence Deonna “La guerre à deux voix. Des femmes d’Egypte et d’Israël parlent”. Editions de l’Aire, Vevey, 4e édition complétée, 2015.

    Et, tiré du livre cité ci-dessus, le film-documentaire “Douleur et révolte. Moyen-Orient : dans les deux camps de la guerre, des femmes se souviennent et veulent la paix”. de Lucienne Lanaz, Jura Films, 2003

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